Le Château
de Coucy
PETITES .MONOGRAPHIES
DES GRANDS ÉDIFICES DE LA FRANCE
La Cathédrale de Chartres, par René Meblet. anciun arclii-
viste illlurf-rl-Luii'.
EN PREPARATION
L'Hôtel des Invalides, l'iii Louis Dimieu.
L'Abbaj-e de Vézelay, par Cliarles Porée. ariiii\ i.<te de
l'Yonne.
La Cathédrale de Reims, par Louis Demmsox, arcliivislc do
la ville (le Heinis.
La Cathédrale du Mans, par Gabriel Flecrv.
Le Château de Rambouillet, par Henri Longnon.
Saint-Pol-de-Léon, par Ch. Lecireux.
L'Abbaye de Moissac, par A. Am;lès.
La Cathédrale d'Albi, par Jean Lauax.
La Cathédrale de Coutancss. par Eugène Lefè\ re-I'ontalis
Petites Monographies des Grands Édifices
^ * ^ de la France ■)$■ ^îî *
Publiées sous la direction de M. K. LKrKVRK-PONTALIS
Le Château
de Coucy
Eugène LEFEVRE-PONTALIS
Dirocleiii' do la Socirli' fraiii;aise d'AiTlK^'olo^io.
INTRODUCTION HISTORIQUE DE PH. LAUER
Ouvrage illustré de 32 gravures et de plans.
Relevés de M. A. VENTRE, architecte.
PARIS
HKNRI LAURKNS, ÉDITEUR
6, rue de Touriion, C>
Tous diiiits .le lEa.luiti.n. et .le rci.roduL-lion réservés
AVANT-PROPOS
Il est peut-être téméraire de consacrer une nou-
velle étude aux ruines imposantes du château de
Coucy après ^"iollol-le-DLlc qui a décrit et dessiné
dans son Diclioniuiirc toutes ses parties princi-
pales, en expliquant le système de défense primitii'.
Cependant j'aurai l'occasion de rectifier beaucoup
d'erreurs du célèbre architecte. Il eut tort de
reproduire le plan ti'ès inexact d'Androuct du Cer-
ceau, sans vérifier sur place l'absence de la petite
tour du Nord, le diamètre des salles, la plantation
des escaliers et des latrines dans les grosses tours
et sans indiquer par des hachures les remaniements
de tous les corps de logis. On remarquera donc
d'importantes difierences entre le plan de Viollet-
le-Duc et celui que j'ai dressé avec le précieux
concours de M. André ^'entre, architecte en chel'
des Monuments historiques, qui a bien voulu
relever avec le plus grand soin tous les détails
nécessaires à Tillustralion.
L'histoire des sires de Coucy et des sièges de
la ville avait graud besoin d'être mise au point à
8 AVANT-IMUU'OS
Taidc drs docinnenls conservés à la Biltliollircjiie
Nationale Mon ('onl"rèr(\ jNI. Pliilipjîc Laiicr, l)iblio-
lliécaire au département des manuscrits, a dépouillé
les meilleures sources pour la résumer en tète de
cette notice. Je ne saurais trop le remercier d'avoir
prouvé une fois de plus c|ue lliistoire et l'archéo-
logie doivent se prêter un mutuel appui.
Les archéologues et les touristes qui voulaient
visiter sérieusement la ville de Coucy, n'avaient à
leur disposition que la notice de VioUet-Ie-Duc qui
ne décrit ni lenceinte. ni la basse-cour, ni cer-
taines parties du château, mais qui met bien en
relief Timportance du donjon. Je me suis donc
efforcé de rédiger une petite monographie j)lus
complète en distinguant soigneusement les cons-
tructions du xiif siècle de celles du xiv^ siècle,
afin de faire mieux comprendre l'intérêt excep-
tionnel de ce chef-d'œuvre de l'architecture militaire
du moven ào^e.
Flili
llffll
jfâr^'^
Aniirouet ilu Cerceau de
Le CHATEAU EN 1076
Vue prise à l'ouest.
INTRODUCTION HISTORIOUE
LES SIRES DE COUCY
L'origine de Coucy-la-Ville [Codiciaciim villa)
en Laonnais, dans Tancienne cité des Rémois,
date certainement de l'époque gallo-romaine. Ce
lieu est d'ailleurs situé à proximité de la voie
romaine de Soissons à Saint-Quentin. La plus
ancienne mention de Coucy ne remonte cependant
qu'au ix** siècle : on la rencontre dans la Vie de
Sdinl Rémi, par Hincmar, qui fait remonter au
temps de Glovis la donation de ce domaine à l'église
de Reims '. Au début du siècle suivant, l'arclie-
' Monumen/a Cvrmnni.r lii
l 3.13.
Scriploref. t. ITI. p. ï.îG. 30;
lo lp:.s sihks dk colcv
^•^(|ll(• (le Reims. Iler\é. fit coiisti'tiiic un chàlciui
l'orl luunicio , à rcxtrémile de la tollinc aliongée
(jui domine Goucy-la-Ville : ce lut lorigine de
C 'oucy-lc-Chàteau ^
Herbert II, comte de Vermandois, père de l'ar-
chevêque Hugues, ne tarda pas à s'en emparer.
Après avoir été concédé comme fief à Anseau de
A^itry, vassal de Boson, frère du roi llaoul (93o),
Coucy passa successivement à Bernard de Senlis et
Tliibaud le Tricheur, vassaux de Hugues le Grand,
duc de France. C'est là que, selon Dudon de
Saint-Quentin, le jeune duc de Normandie, llicliard,
fut caché par son fidèle Osmond, à la suite de son
évasion de Laon (vers 944 •
En 900, la garnison de Coucy qui. Tannée précé-
dente, avait passé au parti de rarchevèqUe de
Reims, Artaud, revint à celui de Thibaud le Tri-
cheur. Celui-ci s'établit solidement dans le donjon
roman, et en confia la garde à son vassal Harduin.
Les hommes d'armes du roi et de l'archevêque
essayèrent en vain de l'en déloger. En 908, cepen-
dant, les partisans d'Artaud pénétrèrent par sur-
prise à l'intérieur de la forteresse. Le châtelain
Harduin se réfugia dans le donjon, déjà presque
inexpugnable. Pour le réduire, il fallut que le roi
vînt en personne lassiéger, en compagnie d'Ar-
taud et de bon nombre de comtes et d'évèques.
Le siège dura deux semaines environ. Harduin
' Flodoardu.s. Ilistorla ecclesiae Remçnsis. lib. IV, c. i3 1.1/. G. hist.,
Scriplores, t. XI il, p. 57GJ.
12 LES siiip:s de coucy
donna ses neveux conniii' otaf^-es, et larnK'e assié-
geante se retira. Tlilhaiid parvint cependant à y
rentrer, on ne sait coinnienl, (pielque temps après,
puisqifen 964 nous le voyons consentira rendre de
nouveau Coucy à l'archevêque pour être absous de
Texcommunication, mais il exigeait que Coucy fût
inféodé à son fils Eudes P^ Celui-ci mourut
en 995, et on ignore entre les mains de qui passa
l'héritage de Coucy.
En 1039 parait un certain Aubri de Coucy. On le,
trouve mentionné dans la charte d'Elinand, évèque
de Laon, en faveur de Nogent 1009' ' J^^s les
diplômes de Philippe I'"'' pour Saint-Médard de
Soissons (io65) et l'église de Laon (lojf ; dans un
acte du cartulaire de Notre-Dame de Paris (1067);
enfin, dans une charte de Robert Courteheuse en
faveur du ^lont-Saint-Michel (1088 . Le ])iographe
de saint Arnoul, évèque de Soissons. fait allusion
à des circonstances où Aubri de Coucy aurait été
saisi par ses ennemis, traîné, garrotté, puis exilé et
privé à jamais de son habitation ou domaine de
Coucy. Un fait est certain, c'est sa présence en
Angleterre, à la cour de Guillaume le Conqué-
rant, oii il était peut-être en exil ; car, dans le
Domesdai/-book,'û estquest'ion d'une « terre d'Aubri
de Coucy », située dans le comté d'York ^
Après Aubri, on trouve, comme sire de Coucy,
Ensruerrand P% fils aîné de Dreux de Boves, dont
' L. Delislc, La Commeninratinn du Doniesdaij-hoo/i, à Londres, en
1886, dans V Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France,
i88f), p. i:y-i?!o et i83.
AUBHI ET ENGUERUAND l*^'' l3
la mère était de la l'auiille coiiitale d'Aiiiiens. Par
son mariage avec Ade de Roiicy, il devint seigneur
de Marie et de La Fère. Devenu veuf, il enleva et
épousa Sibylle, fille de Roger, comte de Ghâteau-
Porcien, et femme du comte Godefroi de Namur.
L'évêque de Laon, parenl d'Enguerrand, ne Tex-
communia pas ; mais une guerre acharnée et féroce
s'ensuivit entre les seigneurs de Goucy et de Namur.
Ce dernier finit par se consoler en épousant Erman-
son de Luxembourg.
Enguerrand L' prit part à la première croisade
avec son fils du jn-emier lit, Thomas de Marie.
Dans cette expédition, selon la légende, ne trou-
vant pas, au cours d'une surprise, sa bannière, il
coupa un morceau de son manteau écarlate, fourré
de jîannes de vair, d'oii l'origine du blason des
Goucy, ainsi décrit ])ar les anciens auteurs : Fascé
de vair et de gueules de six pièces.
Au retour de la Terre sainte, Thomas épousa une
parente dont la dot fut la seigneurie de Montaigu.
Ses brigandages le rendirent odieux à son propre
père, qui d'ailleurs sous l'influence de Sibylle, le
croyait maintenant adultérin. Enguerrand assiégea
Montaigu. Mais Thomas s'échappa, et, grâce à la
protection royale, parvint à rentrer à Montaigu. Une
horrible guerre d'extermination commença entre le
pèreetle fils. Thomas soutint les habitants de Laon
contre leur évéque, et ceux d'Amiens contre leur
comte Enguerrand. Celui-ci oll'ril enfin, en iii3,
la paix à son fils, ({ui l'aida à soumettre Amiens.
Cela n'empêcha pas Sibylle de préparer une embus-
l4 LES SIRES DE COUCY
cado d'où ïlionuis s"('(lui[)[);i ;i\<'c une blessure.
Les (''vriiiies i-riiiiis an (loncilc île Beauvais, en
iii5, excoiimuniirrciil Tlioiiias (l(; Marie conune
scélérat el ennemi du nom chrétien, à cause de sa
cruauté. A ({uel<|ue temps de là, ses protégés, les
Laonnais révoltés étaient massacrés à Crécy par
Louis le (iros.
, L'année suivante, Enguerrand étant mort,
Thomas lui succéda sans dil'ticulté. Bientôt Louis
le Gros vint assiéger le château de Coucy pour
punirThomas du rôle (ju'il avait joué àLaon. ^lais
le rusé seigneur nianilesta le plus grand repentir
et promit de réparer tous les tlommages par lui
causés. Louis se retira, et, peu après, Thomas,
malgré ses promesses, fit assassiner Henri de
Chaumont, frère de Raoul, comte de ^'ermandois,
qui lui disputait le comté d'Amiens, et il osa même
arrêter des marchands munis d'un sauf-conduit
royal. Louis le (iros, accompagné du comte de \'er-
mandois, marcha immédiatement sur Coucy ([ui,
était considéré comme presque imprenable. Tho-
mas commit la faute de leur tendre une embuscade :
il y périt inopinément de la main même de Raoul
de Vermandois i i3o} ^
Son fils, Enguerrand 11, qui lui succéda, avait
épousé Agnès de Beaugency, lille de Mahaut. la
propre cousine du roi. Il seJforça d'atténuer les
conséquences des excès paternels, puis partit
en ii4(> pour la deuxième croisade, tl'ou il semble
' A. I.uchaire. Lottis VI If Groa, annales de sa rie et de son règne.
n»» -26, i8j, 1S9. 20). '220. 2(31), 309, 379. -',(n el 491.
E.NGUERHAND II ET RAOUL 1*^'' I 5
irètre point revenu ; et son fils Raoul V qui eut
pour femme Alix de Dreux, nièce de Louis MI, lit
une fin semblable en Terre sainte.
C'est à Tépoque de Raoul I*"" qu'on rapporte
oénéralement la légende du joli roman du Chas-
tclaiii de C'ouci et <lc hi dame de Faiel. Gaston
Paris a montré ^ qu'il n'y avait rien d'historique
dans l'aventure de ce sire de Fayel, qui aurait fait
manger à sa femme le cœur de son amant, le châ-
telain de Coucy, Renaud. La légende du Coi-ur
Mangé que la littérature populaire attribue mainte-
nant au sire de Vergy, est bien antérieure au
xii^ siècle. Il n'en reste pas moins vrai qu'il exista,
vers 1198-1218, un gardien du château de Coucy
ou « châtelain » appelé Renaud de ]Magny, jadis
chanoine de Xoyon, doué d'un très beau talent
poétique, dont quelc[ues-unes des chansons nous
sont parvenues, grâce à Jakemes Sakesep, l'au-
teur du roman du Chaslelain de Coiici.
Enguerrand III, fils et successeur de Raoul V\
assista à l'éclosion du mouvement communal déjà
commencé sous son père en Soissonnais -. Sa mino-
rité favorisa la création de la commune de Coucy,
dont la charte datée de 1 197 fut copiée sur celle de
Laon. C est le moment de l'apogée de la maison
de Coucy, qui, par ses brillantes alliances, était
arrivée à étendre au loin ses domaines. La recons-
' Uistoire littéraire, t. XXIII. p. 370; Gh.-V. Langlois, La Société
française, au Xlll" siècle, p. 1S8.
- Cl. Bourrin. La cuniinuiie de Soissons et le groupe communal sois-
sonnais, j). 20. <
l6 LES SIKKS I)K COUCY
triu'tion de l'enceinte de l;i ville et du chAteaii
remonte i\ cette épociue, mais elle ne fut pas laite
d'un seul jet.
Enguerrand 111 eut quelques démêlés, pour des
contestations obscures de droits de juridiction avec
rarchevèque de Reims et surtout le chapitre de
Laon, dont il arrêta le doyen en pleine cathédrale.
En 1209, il prit part à Texpédition contre les Albi-
geois, et, en 1214, se signala à la bataille de Bouvines.
Par ses mariages successifs, il agrandit encore
ses domaines. Eustache de Roucy lui apporta le
comté de Roucy ; Mahaut, fille d'Henri duc de Saxe,
et sœur d'Otton lY, le comté de Perche ; Marie de
Montmirail, la vicomte de Meaux et la châtellenie de
Cambrai. Ainsi parvenu au plus haut degré de la
puissance, et enivré de ses immenses richesses, il
aspira à devenir le maître du royaume. La mino-
rité de Louis IX semblait justement lui offrir une
occasion des plus favorables. Il complota avec les
ennemis de Blanche de Gastille lenlévement du
jeune roi. On raconte même qu'il avait fait faire
une couronne d'or et des ornements royaux pour
s'en revêtir devant ses favorisa Mais au bout de
deux années d'intrigues et de sourdes menées, il
se vit ojjligé de renoncer à ses projets ambitieux,
et prêta serment de fidélité entre les mains du roi,
qui feignit d'avoir ignoré ses desseins. Il mourut
accidentellement d'une chute de cheval au passage
dun gué, en 1242.
* Élie Berger. Histoire de Blanche Je Castille, reine de France, p. r.21.
ENGUERRAND III I7
L'aînée des filles d'Enguerrand III, Marie, épousa
d'abord le roi d'Ecosse Alexandre II, puis Jean de
Brienne, grand bouteiller de France, fils puîné de
Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Son fils aîné,
Raoul II, eut une fin prématurée. Il trouva la mort
à la bataille de Mansourah (i25o), en Egypte, ou il
avait suivi saint Louis. Il venait de sauver la vie au
comte d'Artois, frère du roi.
Enguerrand IV recueillit la succession de son
frère Raoul. 11 se signala comme le digne héritier
de Thomas de Marie. Sa cruauté à l'égard des gens
de l'abbaye de Saint-NicoIas-au-BoisIui valut d'être
jugé par le roi en personne. Peu s'en fallut qu'il
ne fût exécuté. Enfin il s'en tira moyennant une
énorme amende. Il vécut ensuite dans le calme, et,
vers la fin de sa vie, répartit des aumônes entre
les léproseries de ses domaines.
Comme il ne laissait pas d'enfants, ses deux
sœurs, Marie de Goucy, l'aînée, puis la seconde,
Alix, femme d'Arnoul III de Guines, lui succé-
dèrent, l'une après l'autre, Marie de Goucy n'ayant
pas eu d'héritiers.
Enguerrand \\ fils d'Alix, est la tige delà seconde
maison de Goucy. Élevé à la cour du roi d'Ecosse,
il épousa une parente de celui-ci, Ghrétienne de
Bailleul. Il porta toute sa vie les armes de Guines.
Son troisième fils, Guillaume, qui lui succéda en
i32i, reprit le blason des Goucy. Il eut pour femme
Isabeau, fille de Gui III de Ghàtillon, comte de
Saint-Pol, grand bouteiller de France. La comtesse
d'Eu. Jeanne do Guines, contestait alors à Enguer-
}8 LES SIRES DE CoUCY
ranci la possession même de Coucy, qu'elle reven-
tlicjuail du chef de son père Baudoin, lils aîné d'Ar-
noul III. comle de Guines et d'Alix de Coucy. Ces
prétentions amenèrent un procès qui dura dix-huit
ans, et qui se termina en faveur de Guillaume dont
la succession fut ainsi assurée à son fils Enguer-
rand IV. Ce puissant seigneur se maria en 1 338 avec
Catherine d'Autriche, fille de l'empereur Léopold
et de Catherine de Savoie, alliance qui permit plus
tard à son fils de briguer la couronne impériale.
La guerre de Cent Ans était à ses débuts. Dès
l'année iSSq, Coucy fut menacé par le roi d'An-
gleterre, Edouard III. Enguerrand \l se joignit au
roi de France, son suzerain, j)our luller contre
l'envahisseur. Il prit une part active aux expéditions
contre Jean de ^lontfort et les Anglais, et perdit la
vie à la bataille de Crécy 'i34t)), ne laissant qu'un
enfant en bas âge.
Survinrent la captivité du roi ,Iean. les pillages
anglais et leurs conséquences : la misère des cam-
pagnes avec la Jaccjuerie. Engnci-rautl \'II. arrivé
à l'âge d'homme, prit une sérieuse part à la répres-
sion et fit exécuter sans merci les factieux. Il fut
envoyé peu après en otage en Angleterre, pour
garantir le paiement de la rançon du roi Jean.
Alors commença véritablement sa vie extraordi-
naire d'aventures, qui en font une des figures les
plus attachantes du xiv'' siècle. II se fit si bien
remarquer à la cour de Londres qu'Edouard III
lui donna en mariage sa seconde fille, Isabelle : et
Enguerrand ajouta ainsi aux domaines anglais, (jui
en(;lerrand vu i<^
lui Amenaient de sa grand'mère Chrétienne de Bail-
leiil, le comté de Bedford, en même temps qu'il
obtenaitla restitution du comté de Soissons, enoao-é
pour sa rançon.
A son retour en France (i368], Enguerrand, trou-
vant ses domaines incultes, s'ell'orça d'y attirer
les hal)itanls d'alentour par l'octroi d'une charte
collective d'affanchissement à un grand nombre
de ses bourgs et villages, y compris Coucy.
Lorsque la guerre se ralluma avec l'Angleterre,
il garda la plus stricte neutralité à cause de son
mariage, et partit même en croisade contre les
Visconli, tyrans do Milan excommuniés par le
pape. En 1.^7.), il tailla en pièces l'armée de Bar-
nabe Visconti, près de Bologne, puis celle du tils
de Galéas ; et entreprit le siège de Plaisance avec
le duc de Savoie. Une grave maladie de ce dernier
contraignit Enguerrand à se retirer. Pendant ce
temps, les Anglais de Robert KnoU avaient res-
pecté les tlomaines de Coucy.
Sur ces entrefaites, l'empereur Léop(^ld étant
mort sans autre héritier que Catherine d'Autriche,
Enguerrand tenta de revendiquer, les armes à la
main, Théritage de sa mère. A la tête d'une bande
de mercenaires, secondé par un grand nombre de
seigneurs l'rançais, et aidé des suljsidcs fournis j)ar
le l'oi de France, il entreprit une expédition des
plus hasardeuses (|ui échoua Jiialhcureusement.
Cet insuccès ranieua. dit-on, à fonder FUrdre de la
Couronne, dont remblcme était unecouronne ren-
versée, — allusion à ses droits méconnus.
20 LES SIHES DE COUCY
A la mort crÉtlouard III, il rompit tout lien avec
l'Angleterre, où il renvoya sa femme Isabelle, ne
gardant près de lui que sa fille aînée Marie. Sa
seconde fille, Philippote, n'était jamais venue en
France : elle épousa Robert de Veer. duc d'Irlande
et comte d'Oxford, auquel elle apporta en dot les
domaines anglais de son père. Dès lors, Enguer-
rand prit une part active à la lutte contre les
Anglais, en Guyenne et en Normandie. Il refusa
l'épée de connétable de Duguesclin, que Charles V
lui offrait et l'engagea à la confier plutôt à Olivier
de Clisson. Devenu gouverneur de Picardie, il
donna la chasse aux troupes ennemies débarquées
à Calais, en i38o.
Il assista, comme; haut baron, au sacre de
Charles YI, et fut chargé de conclure la paix avec
le duc de Bretagne. A partir de ce moment, il
s'affirma de plus en plus comme un habile diplo-
mate : c'est lui (jiii traita avec les Maillotins et
apaisa leur révolte, lui encore qui, après la bataille
de Rosebeck, négocia le retour du roi dans Paris '.
On le voit ensuite en Ecosse, où il avait opéré une
descente, avec l'amiral Jean de Vienne, pour ravager
les frontières septentrionales de l'Angleterre.
Son gendre, Robert de Veer, duc d'Irlande,
abandonnant sa femme, réussit à faire prononcer
son divorce par le pape Urbain VI. Battu par les
révoltés de Londres, qu'il avait tenté de soumettre,
ce seigneur se réfugia en Hollande, d'où il ne
* L. Mirot. Les insurreclioiis urbaines au début du règne de Charles VI.
Paris, lyoG, pp. ilo. ij;, i38, 145, i5-2. i.)4. i.">3 el 181.
EXPEDITIONS D ENGUERRAND VII '21
craignit pas de se rendre à la cour de France,
Engiierrand la quitta aussitôt, chargé d'une mis-
sion auprès du duc de Bretagne, à Vannes. Il y
réussit si bien que non seulement il obtint la res-
titution à Olivier de Clisson de ses châteaux con-
fisqués, mais encore l'hommage solennel rendu
par le duc en personne au roi, à Paris même.
Robert de Veer reçut l'ordre de quitter la France.
Cependant Coucy se trouvait dépeuplé à la suite
des guerres et des pillages ou incendies qu'elles
avaient attirés. En i388, Enguerrand fit décider,
par le roi, que deux foires annuelles s'y tiendraient
à la Saint-Nicolas d'été, et à celle d'hiver. Un gre-
nier à sel y fut aussi établi.
Enguerrand parait ensuite en Espagne où il con-
duit le fils du duc d'Anjou, fiancé de la fille de
Jean F'", roi d'Aragon ; à Arezzo qu'il assiège pour
Louis d'Anjou ; à Gênes auprès du duc de Bour-
bon, chef de l'expédition contre les pirates des
côtes barbaresques. Il prend part à la descente des
Génois en Afrique. En 1893, il est à la cour de
Savoie, s'occupant avec ardeur d'aplanir les difii-
cultés élevées au sujet de la régence de cet Etat,
durant la minorité d'Amédée VIII. Deux ans plus
tard, il est chargé des intérêts du duc d'Orléans
auprès de la République de Gênes, qui cherchait
un roi parmi les princes du sang.
L'entreprise capitale et la dernière de sa vie
fut la croisade de Ni(()[)(>lis. 11 y accompagna le
comte de Nevers, sur la demande instante de ses
parents, à titre de guide et conseil. On sait coin-
22 LES SIRES DE COUCY
meut, après une liciireusc escarmoiiclic (rEni^iior-
rand, les Croisés lureiil taillés en pièces par lar-
méc du sultan Bajazet (28 septembre iSgG;. Enguer-
rand, lait prisonnier, fut reconnu par l'interprète
picard Jacques de lleilly qui l'ut cliarg-é de négocier
en France le rachat des captifs. Aussitôt la nouvelle
connue, le duc d'Orléans envoya lvol)ert dEsne
pour obtenir la délivrance d'Henri de Bar et d'En-
guerrand : mais Robert apprit à Vienne, en même
temps, la maladie et la mort du célèbre baron cjui
venait dexpirer à Brousse le 18 février 139-. Jac-
ques Wilay, de Saint-Gobain, ramena son cœur à
l'abbaye de Villeneuve, près Nogent'.
Avec lui finit l'histoire de cette fameuse maison
de Coucy, alliée aux familles royales de France,
d'Angleterre et d'Autriche, qui produisit un En-
guerrand 111 et un Enguerrand VII. C'est à ces
deux seigneurs, dont la vie marque les périodes
brillantes de la dynastie, qu'il faut attril)uer la
construction et la restauration de leur magnifique
château, dont la mâle architecture était le symbole
de la puissance politique des sires de Coucy. Il ne
nous reste malheureusement aucun compte d'En-
guerrand III, mais les Archives de l'Aisne ont eu
la bonne fortune de s'enrichir, l'année dernière,
grâce à M. Broche, d'un registre des recettes et
dépenses de la châtellenie en 1 386-1387. A cette
époque, Enguerrand VII, comme on le verra plus
' Dclaville le Roux, La Fiance en Oricid an A7ï'<= siècle, pp. a");,
aCia. 270 et siiiv.. et p. 'Ji J. — Mangin, Enguerrand VII. sire de Coiici/,
dans le Bulletin de la Société académique de Laon, t. XXIV, p. 4t).
COMPTES DE l386 23
loin, avait déjà fait rebâtir la salle des Preux et la
salle des Preuses. A Poccasion de la visite de
Charles M, qui eut lieu le 23 mars i38-, un jeu
de paume fut établi dans la cour.
Les revenus de la seigneurie se composaient
alors des droits féodaux, des produits du domaine,
couvert de vignobles, de la pèche des viviers et des
coupes de bois. Les divers chapitres de dépenses
mentionnent les deux chapelains qui desservaient
la chapelle des Onze mille Vierges et celle de la
Madeleine, dans rencointe du château, TafFrète-
ment d'un bateau ([ui transporta de Boissons à
Rouen des approvisionnements de tout genre en
vue d'une descente en Angleterre, projetée par
Charles VI, le séjour de Guillaume de \'erdun,
astronome du châtelain, à Soissons, à Thùtel du
Mouton, les frais de déplacement d'Enguerrand VII
à Dijon et à Soissons, et le carrosse amené de Lor-
raine par sa seconde femme, fille du duc Jean P'.
Enguerrand mort, sa fille aînée Marie, femme
d'Henri de Bar, prit possession des domaines de
son père, avec leurs nombreuses dépendances,
parmi lesquelles le comté de Soissons. ^lais une
fdle cadette, Isabeau, issue de son second mariage,
et femme de Philippe de Nevers, réclama le partage
et intenta un procès. Sur ces entrefaites, le frère
du roi Charles VI, Louis duc d'Orléans, voyant la
riche baronnie de Coucy entre les mains d'une
femme, offrit à Marie de l'acheter. On négocia, et,
le i5 novembre 1400, fut conclu l'acte de vente
moyennant 400.000 francs, et Tahandon des rêve-
24 LKS SIHKS DE COUCY
nus à titre viager; mais en réalité le duc ne paya
jamais que 104.000 francs, comme M. Lacaille a
pu l'établir. Marie de Coiu;y s'éleignit cinq ans
plus tard. Sa sœur Isabeau, à qui un arrêt du Par-
lement avait adjugé la moitié de Coucy, Marie,
La Fère et Origny , le quart de Montcornet et Pinon,
avec le cinquième de Ilam, décéda à son tour,
en i4ii, laissant une fille unique qui la suivit de
près dans la tombe. Le fils de Marie de Coucy,
Robert de Bar, demeuré seul héritier, poursuivit
le duc d'Orléans en paiement d'une somme de
120.000 livres, restée due sur le prix de vente de
la seigneurie. Une transaction intervint : le comte
de Bar consentit à tenir quitte de sa dette le duc
d'Orléans moyennant la restitution des chàlellenies
de La Fère et de Marie.
La partie de la baronnie qui ne fut pas réunie à
la couronne, sous Louis XII, passa plus tard dans
la maison de Luxembourg, puis dans celle de
Bourbon, par les Vendôme et Alencon, et fut enfin
réunie à la couronne par Henri IV.
Coucy était dès ce temps le siège d'une |)révôté
royale, transformée plus tard en bailliage, et d'une
maîtrise des eaux et forêts ou gruerie. En matière
judiciaire, les causes allaient en appel devant les
présidiaux de Soissons et de Laon. Le duc d'Or-
léans obtint du roi, en i4o5, l'érection de Coucy en
pairie, pour lui et ses descendants.
La possession de ce magnifique domaine excita
la convoitise du duc de Bourgogne et des maisons
de Luxembourg et de Lorraine : ceux-ci le reven-
SIÈGE Dli l4ll 20
diqiièrent, en vertu d'anciennes alliances. Ce fut
une des causes de Thostilité des Bourguignons
contre les Armagnacs, partisans du duc d'Orléans.
Leduc d'Orléans périt assassiné en 1407, et ses
enfants prirent les armes pour le venger. Aussitôt
Charles VI, qui s'était montré favorable aux Bour-
guignons, prononça la confiscation du domaine de
Coucy. Valeran de Luxembourg, comte de Saint-
Pol, l'ut chargé d'aller l'occuper.
Celui-ci marcha sur Coucy, et y entra sans coup
férir (141 1); mais il ne put forcer le château où
commandait Robert d'Esne. Malgré toutes les
sommations, ce vaillant capitaine refusait opiniâ-
trement de se rendre, confiant dans la solidité
des murailles et le courage de compagnons déter-
minés à tenir tant qu'il y aurait des vivres. Le
comte de Saint-Pol fut obligé de commencer un
siège en règle. Il employa, à cet effet, un procédé
considéré alors comme une innovation, la mine.
Des ouvriers liégeois furent chargés de pratiquer
une galerie au-dessous de la tour de la porte basse
du château ou porte ]Maître-Odon. Les chevaliers
et hommes d'armes assiégeants descendaient à tour
de rôle dans le souterrain, curieux de voir de près
la nouveauté du jour. Or, il arriva qu"à l'endroit
où la galerie passait sous les fondations de la mu-
raille extérieure du château, on négligea de l'étayer
suffisamment : tout à coupla voùle s'effondra sous
le poids d'une portion de la base croulante de la
tour, ensevelissant ouvriers et \is\lenvs. Et encores
y soiil-ils, ajoute le ( ln-oni(|ueur Juvénal des L'r-
20 LES SIUKS DK CoLCY
sins, en manière d'oraison fiinclire des victimes ^
L'afl'aissement d'une tour n'avança en rien le
siège de la jdace qui dura encore trois mois. Enfin
Robert d'Esne ne recevant aucun secours du de-
hors se trouva contraint de capituler. Ce succès
valut au comte de Saint-Pol l'épée de connétable.
Deux années plus tard, Coucy fut restitué au duc
d'Orléans, à la suite du traité de paix conclu avec
le duc de Bourgogne. Mais, de nouveau, en i4i9>
la place fut livrée aux Bourguignons, cette fois de
la façon la plus extraordinaire. Voici comment :
Pierre de Saintrailles était gouverneur du (;hàleau
pour le dauphin. Ses serviteurs furent gagnés par
les nombreux prisonniers bourguignons enfermés
par La Hire dans le donjon. Sur leurs instances,
ils dérobèrent les clefs de la tour et en ouvrirent
les portes nuitamment. Les Bourguignons conduits
par le fameux sire de Maucourt et Lionnel de Bour-
nonville, se saisirent des premières armes venues
et se précipitèrent au logis de Saintrailles, qu'ils
égorgèrent avec ses sentinelles et mirent le poste
hors d'état de nuire. En même temps des émissaires
furent dépêchés au duc de Bourgogne pour appeler
à l'aide. La Hire, stupéfait et furieux, à son retour
d'une course dans le voisinage, ne put même pas
essa3'er de rentrer dans le château, et dut bientôt
se retirer devant les renforts bourouionons '.
' Le fait est aussi rapporté par Pierre de Feuin, Jean Lefebvre de
Saint-Remy et Monstrelet.
- Germain Lefèvre-Pontalis, La Guerre de partisans dans la Haule-
yormaudie dans la Bibliolhèiiue de l Kcolc des Chartes, t. LVl, iSy"),
p. 4");'). L'anecdote est racontée par Fenin et Monstrelet.
CHARLES D ORLEANS l'J
Le chic de Bourgogne ne profita guère du coup
d'audace de T « écorcheur » Maucourt, puisqu'il fut
assassiné avant même la fin de l'année. La Hire et
Polon de Saintrailies rentrèrent dans Coucy à quel-
que temps de là. En 142.3, le comte de Sull'olk
vint assiéger la place, s'en rendit maître et la livra
à Jean de Luxembourg, comte de Saint-Pol, un des
plus chauds partisans des Anglais, A la mort de ce
dernier (i44t>)i le vérita])le propriétaire de Coucy,
Charles d'Orléans, qui était retenu prisonnier en
Angleterre, depuis Azincourt, pensa {)ouvoir ache-
ter sa rançon en olïranl au duc de Bourgogne la
baronnie de Coucy avec celle de La Fère-en-Tar-
denois et le comté de Soissons, moyennant
45 600 écus d'or. Charles ^ 11 s'entremit, et pour
faciliter, avec la conclusion du marché, le retour
du duc d'Orléans, il renonça formellement et défi-
nitivement à ses droits de (lainl et de rciiuint sur
ces seigneuries. Les propositions durent être
agréées de part et d'autre, car Charles d'Orléans
revint en France cette année même.
I^a terre de Coucy apparaît cependant dans des
actes, de peu postérieurs, comme dépendant à
nouveau de la maison d'Orléans, sans qu'on sache
au juste comment. Le duc Charles mourut en i465,
et son fils Louis d'Orléans disputa la régence à
Anne de Beaujeu. Tandis (ju'il était vaincu et fait
prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier
(1487), Pierre d'Urfé, grand écuyer de France, se
présenta devant (]oucy avec les troupes royales et
s'en empara au bout de huit jours. (Juehpies années
28 LES SIHES ItE COICY
s'écoulèrent. Le duc d'Orléans se réconcilia avec
Charles Vlll, obtint restitution de la place, qu'il
réunit au domaine de la couronne en devenant roi
sous le nom de Louis XII [i/\C)S]. Sa fille, Claude
de France, reçut la baronnie en apanage, lors de
son union avec François d'Angoulème 'i5i4). Un
an après, nouveau retour au domaine royal, à
Tavènement de François I".
La forteresse de Coucy fut, de bonne heure, une
des places convoitées par les Calvinistes. Dès
1567, ils s'en emparèrent et y établirent leur point
d'appui. Henri III la fit bientôt reprendre et la
donna, avec ses dépendances, en apanage à Diane
de France ou de Valois, duchesse d'Angoulème sa
fille naturelle (1076).
Les troupes royales l'occupaient pendant la
Ligue, et s'élançaient à l'improviste de son châ-
teau sur les partisans de la sainte union, par exemple
sur les habitants de ^lons-en-Laonnais, devenus
de véritables bandits, ou sur ceux de Monampteuil.
Puis, subitement, sans raison apparente, la ville de
Coucy se déclara pour la Ligue. Le sieur de La-
meth, commandant ligueur de la place de Coucy,
finit, en 1094, parfaire sa soumission au roi et lui
remit le château.
Occupé au siège de Laon, Henri 1\' ne trouva
l'hospitalité, pour Gabrielle d'Estrées, qu'à Couc}',
chez le maire où elle mit au monde le duc de Yen-
dôme le 7 juin 1094.
En 161 5, les princes et les grands, mécontents
du gouvernement de Marie de Médicis, s'empare-
SIÈGE DE 1602 29
rent de cette forte position, voisine de Paris. La
cour négocia avec eux et parvint à leur faire dépo-
ser les armes. Ils tirèrent prétexte de l'arrestation
du prince de Gondé pour reprendre Goucy, l'année
suivante, et s'y maintinrent jusqu'à la mort du
maréchal d'Ancre (1617).
Diane de France, apanagiste de Goucy, mourut
en 16 19, et son domaine fut donné à François
de Valois, second fils du duc d'Angoulême, qui
mourut lui-même, en 1622, sans postérité. En i645,
Louis XIV engagea Goucy à Roger de Longueval,
moyennant plusieurs milliers de livres.
Durant la Fronde, Hébert, gouverneur de Goucy,
devint suspect à Mazarin. Sommé de remettre la
place au maréchal d'Estrées, gouverneur de Laon,
il répondit qu'il la tenait directement du roi. Sur
ce refus, d'Estrées eut ordre de faire avancer des
troupes et d'investir la place. Le sieur de Mani-
camp, gouverneur de La Fère, s'étant joint à lui
avec six pièces de canon amenées de La Fère et
Péronne, le siège commença le 10 mai i652. L'artil-
lerie ouvrit une large brèche dans les murs. Les
assiégés tinrent encore quelque temps dans la ville
et ne se retirèrent derrière l'enceinte du château
que le 19. Trois jours après, les troupes lorraines
arrivèrent au secours d'Hébert, et leur cavalerie
ayant défait un régiment d'assiégeants, ceux-ci
se retirèrent en désordre, abandonnant la ville aux
Frondeurs.
Les habitants de Goucy ne tardèrent pas toute-
fois à se soumellre au roi. Le cardinal Mazarin
3o LES SIRES DE COUCY
<]iarij;ea Clément Métezeaii, ringénieui" qui avait
(iii'ii^é le siège de La Piochelle et proba])Ieinent
aussi son lils dr démanteler les fortifications du
château, eu vertu d'un ordre royal daté du ii sep-
tembre 1652'. Ils firent sauter à coups de mine les
portes d'entrée de la basse-cour et du château, la
chemise du donjon, les voûtes d'ogives de ses trois
salles, mais Texplosion ne produisit que trois
lézardes dans l'énorme cylindre. Ils rendirent
inhabitables les tours d'angle, tous les corps de
logis, et les ruines furent dès lors exploitées comme
une carrière. Le tremblement de terre de 1692
acheva l'œuvre de la mine.
En i6j.). Louis Xl\' donna Coucy, avec Foleni-
bray, en apanage à Philippe de France, duc d'Or-
léans, pour lui et ses descendants mâles, qui depuis
lors portèrent le titre de sires de Goucy. La cha-
pelle de la ^ladeleine, qui avait été épargnée dans
le château, l'ut désaffectée, et ses revenus attribués
à l'Hôtel-Dieu.
Pendant la Piévolution, le tribunal du district de
Chauny futétaljli à Coucy. dont le dernier seigneur
fut Louis-Philippe-Joseph d'Orléans. Coucy-la-Ville
prit le nom de Coucy-la-Vallée, et Coucy-le-Château
celui de Coucy-la-Montagne. Le château, dont la
grosse tour servit de prison aux uiallaih'urs arrê-
tés dans les forêts voisines, devint un bien national.
Attribué à l'Hùtel-Dieu de Coucy, cpii continua à lais-
ser les habitants de la ville et des environs arracher
' Arih. liât. O'J. fol. iSS v". Clément Méto/pau mourut le aS no-
vembre \6'vi.
DEBLAIEMENT DES RUINES Ôl
les parements des murs, moyennant une redevance
de 3 francs par charrette de pierres, il fut racheté
en 1829, parle duc d'Orléans, au prix de 6.000 francs.
Son architecte, M. Malpièce, combla le fossé
devant la porte, et fit boucher les trois lézardes du
donjon, mais ce travail était tout à fait insuflisant.
En i856, quand FEtat devint propriétaire du
château, la commission des Monuments histori-
ques, sur l'initiative de Viollet-le-Duc, prit en
main le sauvetage des ruines de Coucy. Le donjon,
qui menaçait de s'écrouler, fut chaîné par deux cer-
cles de fer, à la hauteur des corbeaux, et recouvert
d'une toiture; on reprit ses lézardes avec le plus
grand soin. Le déblaiement du fossé dallé, de la
poterne qui passe sous la chemise, de la chapelle,
des soubassements des deux grandes salles se pour-
suivit méthodiquement, en ramenant au jour les
débris de sculpture qui forment le musée lapidaire.
L'imaoiiiation du voyageur moderne, en visitant
les ruines d'un antique château féodal, se plaît au
récit des légendes (|ui animent les vieux murs
croulants. A défaut du roman de son cliàtelain, (|ui
n'a aucun fondement sérieux et se rapporte plutôt
au château de Fayel, Coucy a du moins l'histoire
vraie, merveilleuse et souvent romanesque de ses
seigneurs d'antan, dont on connaît la devise pré-
somptueuse, mais justifiée ;
Roi ne suis
Ne prince, ne duc, ne conile aus:?!.
Je saisie sire de Coucy.
Pu. LvuEU.
PoKTi: DE L.VON
LA VILLE ET LE CHATEAU
ENCEINTE DE COUCV
La ville de (A:)ucy, llèrenient campée sur un
promontoire qui domine la vallée de la Lette,
affluent de l'Oise, occupe une position stratégique
de premier ordre aux confins du Soissonnais et du
Laonnais. Son enceinte du xiii'' siècle encore
intacte. fhuKjuée de \ iii_L;l-luiit lours en y compre-
3
34 L^ VILLK VK COUCY
nant celles du château et de sa hasse-cour, ne pré-
sentait qu'un point faible correspondant au plateau
dont Taxe est occupé par la route de Laon. Cette
raison sulîit à expliquer la valeur défensive excep-
tionnelle de la porte de Laon (j ni jouait le même rôle
que la porte Saint-Nazaire à Carcassonne. Viollet-
le-Duc, qui en a décrit les ingénieuses dispositions
avec le plus grand soin l'attribue avec raison à une
épo((ue un peu antérieure à celle du château '.
Porte de Laon. — Auxiii*" siècle, cette porte était
précédée d'une l)arbacane en demi-lune oii les
roules de Laon et de Chauny venaient se réunir
en passant chacune entre deux tours pour aboutir
à un viaduc coudé" qui traversait une tour ronde
isolée devant l'entrée de la porte. Cette tour fut
remplacée en i.joi par un Jjaslion pentagonal qui
coùt-a la somme de 2.33i livres". De nouvelles
o-aleries de contremine dont le plan est très com-
pliqué vinrent alors se souder à celles du xiii" siècle.
Un couloir voûté qui passe entre les anciennes piles
du viaduc primitif permet d"y pénétrer, mais au
xiii^ siècle ce passage aboutissait à deux ponts à
bascule destinés aux défenseurs ({ui voulaient
passer dans l'intérieur de la barbacane sans faire
ouvrir la grande porte.
* Dictionnaire d architt-ctitre, t. VII, p. 3a2-335.
* On en voit trois arcades eu tiers-point dans le verger du com-
mandant Mangard.
■* Cf. 5Iandat de paiement du 2 janvier i.')52, publié par De L Epi-
nois. Histoire de la ville et des sires de Couctj, p. 374.
PORTE DE LAUN 35
Le plan de la porte se coiiqjose d'un rectangle
Porte de Laon
Coupe transversale.
VioUotl.'-Dur .!.•
(lan([U(' (le deux tours en liéniicyele du cùlé exté-
36 L.v VI 1,1, i; \)E coucv
rieur. \h\ lon^- passage voùlé en berceau brisé et
précédé d'uu pont-levis cb)iinait accès dans la
ville. Deux arcliércs s\)u\ raient siii' ce coidoii- (bi
côté de l'orient et déboucbaienL tlans hi salle ronde
inférieure des tours, échiirée par deux autres
ouvertures du même genre. A l'autre extrémité,
plus large, un (vouloir coutb' pour dissiniider le
nomljre des tléfenseurs aboutissait de chaque côté
à un corps de garde carré en ruines surmonté
d'un j)lat'ond de l)ois ' comme toutes les autres
salles et chaulle par une cheminée. Au-dessus de
ces deux pièces et du passage, une grande salle
longue de 22 mètres et large de 8 mètres pouvait
servir à loger les hommes du poste. Elle était
éclairée à l'ouest par cinq fenêtres à linteau
recoupées par un meneau vertical : on y montait
par deux escaliers à vis-.
Chaque tour ronde était divisée en ijiuitre étages
non voûtés au-dessus d'une cave sans aération.
Les archères encore intactes très longues et très
étroites à l'extérieur se chevauchaient pour ne pas
affaiblir les murs épais de 5 mètres à la base. A
l'intérieur, elles sont encadrées sous des arcs en
tiers-point. La chambre qui renfermait le treuil des
deux herses se trouvait au-dessus du passage
entre les deux tours et le pont-levis se manœuvrait
plus haut dans le môme axe. On voit encore une
' Un pilier central soulageait la portée des poutres.
- M. Champion, propriétaire de l'hôtel de la Pomme d Or. possède
deux curieuses faitières en terre cuite vernissée de couleur verte qui
proviennent de la toiture de la porte de Laon.
TOURS DK l'enceinte ^J
sablière courbée sur les corbeaux profilés en quart
de rond qui dominent l'entrée. C'est un débris des
hourds en bois qui contournaient le sommet des
tours sous leur toit conique, suivant la disposition
adoptée également par le constructeur du château,
mais comme les marques de tâcherons diflerent,
il est évident (jiie la porte et le château ne furent
pas élevés par les mêmes ouvriers.
A droite de la porte de Laon, on remarque une
grosse tour ronde qu'on peut visiter en traver-
sant le jardin du commandant Mangard toujours
aimable pour les archéologues. Elle fut ajoutée au
xiii" siècle de chaque côté d'un rempart déjà bâti,
car la salle du rez-de-chaussée est coupée en deux
par un mur de refend à talus extérieur. Du côté de
la ville, une salle carrée voûtée en berceau avec
mar(]ues de tâcherons communique par une porte
avec un hémicycle recouvert de six branches
d'ogives aux angles abattus. Plus loin, à l'angle
nord-est de l'enceinte, se trouve la tour éventrée
par la mine pendant le siège de i652.
Deux autres portes donnaient accès dans la ville.
Au'sud, la porte de Soissons, s'ouvre dans un
angle rentrant sous un arc brisé au pied d'une
grosse tour rondo. Au nord-ouest, une porte mo-
derne a remplacé l'ancienne [)orte de Chauny ou
de Gommeron aujourd'hui bouchée et flanquée
d'une petite tour. Des marques de tâcherons pro-
fondément gravées (;omnie celles du château sont
visibles sur certaines |)arties de l'enceinte, mais
(il les l'ont défaut sur d'au Ire s uuiis sans qu'on jiuisse
38 LA NII.I.K ])K COUCY
conclure à un remaniement. L'épaisseur des rem-
parts atteint lo à 12 mètres à droite et à gauclie
de la porte de Laon, mais comme plusieurs salles
sont comblées ou murées, il est difficile de dater
ces renforcements successifs qui sont uulifjués j)ar
des hachures sur le plan de la ville.
Toute la ville de (^oucy est bâtie sur des caves
à plusieurs étages qui sont d'anciennes carrières
aménagées par les habitants. Celles qui se trou-
vent dans le voisinage de la grande place aboutis-
saient au puits principal pour pouvoir puisser de
l'eau en temps de guerre. Une galerie creusée par
le maréchal d'Estrées après la brèche du siège
de i().j2 traverse la ^ille depuis la porte de Laon
jusqu'au chcàteau. Elle vient se relier à celle qui
passe sous la partie nord de la basse-cour dont
M. Colin, gardien du château, a reconnu l'existence.
Une autre galerie transversale coupait le plateau
en avant de la basse-cour.
Il faut encore signaler une grande maison du
xiii'' siècle près de la porte de Soissons, des
maisons qui se distinguent par leurs pignons en
gradins comme celles des villages du Soissonnais,
une maison voisine de l'hôtel de la Pomme d'Or
dont les linteaux de fenêtres sont décorés de
motifs du style flamboyant et l'hôtel du gouver-
neur qui renferme d'intéressantes collections et
des souvenirs de Gabrielle d'Estrées.
Église. — L'église du xii*^ siècle fut presque
entièrement rebâtie au xiii'. |)uis au xvi*" siècle. La
ÉGLISE PAROISSIALE 3g
nef gothique comprenait trois larges travées dont
il reste deux piles à huit colonnes du xiii'' siècle,
mais au xvi" siècle les grandes arcades, les voûtes
d'ogives à liernes et tiercerons et les bas côtés
furent reconstruits. On subdivisa les anciennes
travées par des piles ondulées très minces dont
deux furent remplacées par un support rectangu-
laire à l'époque moderne. Le chœur à cinq pans du
xiii" siècle fut revoùté d'ogives au xvi" siècle,
comme le carré du transept dont les piles d'angle
sont du xiii*^ siècle sauf les chapiteaux. Il faut attri-
buer à la même époque d'élégants fonts baptis-
maux en marbre noir dont la cuve octogone ornée
de masques et de feuillages repose sur huit colon-
nettes.
La partie centrale de la façade est une (euvre
remarquable de la seconde moitié du xii'-" siècle.
Six colonnettes soutiennent le portail en plein
cintre : Tune de ses voussures ornée de palmettes
et de fruits d'arum encadre un tympan moderne.
Au-dessus de la fenêtre qui s'ouvre dans l'axe de
la nef, six arcatures trilobées et un oculus tréflé
entouré d.e bâtons rompus décorent le pignon.
II
BASSE-COUR DU CHATEAU
Le château oc-cupe rextréniité orientale du pro-
montoire escarpé qui forme la défense naturelle de
Coucy. Sa vaste basse-cour ou baille forme un
hexagone irrégulier qui ne devait pas se relier
comme aujourd'hui à l'enceinte de la ville. Au
xiii" siècle, un profond fossé creusé entre deux
murs avec tours d'angle coupait le plateau en
avant de la porte de la ]jasse-cour. Celle porte
était sans doute reliée par un viaduc entre deux
ponts-levis à une porte de ville également llanquée
de deux tours dont il ne reste plus trace. Si j'ai cru
devoir restituer ce tracé sur le plan primitif de
l'enceinte, c'est que des courtines aux deux bouts
du fossé auraient rendu sa valeur défensive tout à
fait illusoire. En outre, la planlalion des tours
d'angle nord-est et sud-est de la basse-cour prouve
qu'elles étaient dégagées sur les trois quarts de
leur circonférence, comme on le voit sur le plan
d'Androuetdu Cerceau. Les murs(|uiviennentbuter
contre leur parement sont relativement modernes.
PORTE DE LA BASSE-COUR /\ l
fallait fortifier la contrescarpe pour fermer la
l'OKTIÎ DE LA BASSE-<:Ol.K
ville en face de J'eiiUée du château, sinon l'eii-
ceiiilc aurait clr ouverte sur le front occidental.
42 LE CHATEAU DE COICY
Porte d'entrée. — La porto B de la basse-cour,
llaïKjiirc clc (k'iix tours en ruines et désignée sous
le nom de porte ]Maître-Odon, devait ressembler à
la porte de Laon avant sa démolition par l'ingé-
nieur Métezeau en i652. C'est une œuvre de la
première moitié du xiii*^ siècle dont le plan primitif
ne comportait peut-être pas des corps de garde
aussi vastes. La longue voûte en berceau brisé du
passage s'est efFrondrée : elle était soutenue par
cinq doubleaux qui retombaient sur des corbeaux
moulurés. Au revers, c'est-à-dire à Touest, un arc
en tiers-point encore intact encadre la porte der-
rière la rainure d'une herse. Ses deux rangs de
claveaux nus sont appareillés sous un cordon de
fleurs à sept pétales qui accuse une période peu
avancée du xiii" siècle, comme le cavet des tailloirs.
De chaque coté du passage, deux arcatures en
tiers-point sans moulures s'appuient sur des pi-
lastres de grès, mais au xiii'' siècle ces arcades
aveugles étaient au nombre de quatre à droite et
à gauche.
On voit encore une amorce du parement arrondi
de la tour du sud. L'autre tour, éventrée par la
mine, conserve sous une petite voûte en berceau
brisé l'amorce d'une feuillure de j)orte qui donnait
accès dans une salle ronde voûtée d'ogives en
amande. En arrière, on pénètre à l'ouest dans un
corps de garde par une porte dont le linteau
repose sur deux consoles moulurées. Cette pièce
qui communiquait avec la salle ronde de la tour
est recouverte de deux voûtes d'oufives sans for-
TOURS DE LA. BA.SSE-COUR 4>^
merels dont le tore aminci repose sur des con-
soles mutilées. Deux doubleaux en tiers-point,
ornés d'un filet entre tleux boudins et reliés par
une voûte en berceau brisé, séparent les deux
croisées d'ogives pour éviter la retombée d'un arc.
dans l'axe des portes. Le corps de garde du sud
est démoli, mais l'amorce de ses ogives et les
corbeaux qui les soutiennent sont encore visibles.
Tours de la basse-cour. — Le t-ôté nord de la
basse-cour est beaiuoup moins bien défendu que
la lace méridionale. E)i parlant de la grosse tour
nord-est du cliàteau, on rencontre d'abord une
large brèche, puis le rempart garni de marques de
tâcherons du xiu'^ siècle forme un pan coupé percé
d'une poterne. Au point oii Androuet du Cerceau
indi(|uc une tour tl'anglc dont je n'ai pu retrou-
ver aucune trace, des corljeaux devaient soutenir
une bretèche. Le mur ;i talus suit une ligne droite
de loo mètres ; ses assises dépourvues de marques
de tâcheron, se décrochent à l'extrémité occiden-
tale en formant un angle obtus avec le rempart
primitif. Il rie faut pas en conclure que le front
nord fut presque entièrement reconstruit, car les
marques de tâcheron font également défaut sur
les tours du sud qui doivent être attribuées au
xiii" siècle. La tour d'angle nord-est A de la
basse-cour était ronde, mais il n'en reste plus
qu'un quart engagé dans un pan coupé moderne.
Rebâtie au xiv'" siècle sur son talus ])rimitif, dé-
collée par un coup de mine au xvii' siècle, jniis
44 LK CHATKAU DP: COUCV
remaniée clans sa partie liaule, elle iTolTrc plus
aiijoiii'criuii aucun intérêt.
Au sud-est, une tour ronde G du xiii*-' siècle
s'élevait à Tangle de la baille, en face de celle cjui
est encore engagée dans le niiirde la ville, mais le
coup de mine qui en a détruit la moitié a lait incli-
ner l'autre. La brèche fut murée plus tard et défen-
due par une échauguette sans caractère. A la suite,
le rempart du xiii^ siècle se distingue par ses tours
rondes antérieures à celles du château et plus
rapprochées que celles de la ville. Elles sont au
nombre de cincj jus(ju"au retour d'angle de l'en-
ceinte : leurs étroites arclières forment à l'exté-
rieur de longues fentes dans le parement, mais leur
couronnement a disparu.
A l'angle sud-est de la basse-cour, on a creusé
vainement jusqu'aux fondations, en i865, pour
découvrir les restes des gens de guerre du comte
de Saint-Paul, enfouis dans une galerie de mine en
i4ii. En partant de ce point, on pénètre d'abord
dans une salle ronde de la seconde tour D. Sa
voûte d'oofives aux arêtes abattues est très gros-
sière : la clef se compose dune pierre carrée au
lieu d'être taillée en croix. Les nervures viennent
s'engager dans le mur au niveau des retombées.
Trois archères recouvertes de linteaux en saillie
les uns sur les autres éclairent la pièce. On monte
au second étage recouvert d'un plancher par un
escalier qui suit la courbe de la tour.
La troisième tour E, qui remonte également au
premier quart du xiii" siècle, ne diffère de la pré-
TOURS DE LA BASSE-COLR ^5
cédente que par deux grandes arcatiires en plein
cintre soutenues par des pilastres au revers du mur
intérieur. Les ogives plates de la voûte aux angles
abattus et les archères à linteau sont du même type,
mais les marches de l'escalier courbe portent sur
TOUIIS DE LA BASSE-COUK
un chanfrein (|ni se décroche, comme dans le don-
jon. La tour suivante F conserve sa voûte d'ogives
et (juatre archères, mais dans la (juatriéme, dési-
gnée sur le plan par la lettre G, les nervures de
même profil, à clef cruciforme, retombent sur des
culots moulurés. Les archères pins hautes et plus
larges sont surmontées de cin(j linteaux. Un esca-
lier à vis coiidiiil an second étage. Il est donc cer-
46 LK CIIATKAU DK COlCY
tain que les murs de la baille furent bAlis en allant
de l'est à l'ouest. Les trois pi-emières tours intactes
sont les plus anciennes de toute l'enceinte.
La porte de la sixième tour M, qui défend l'angle
sud-ouest de la basse-cour, est amortie par un
tympan monolithe sous un arc de décharge en j)lein
cintre. Les deux étages reliés par un escalier a vis
étaient voûtés d'ogives retombant sur des consoles
moulurées. L'épaisseur des murs atteint 2'", 35. Les
quatre archères à linteau du second étage où l'on
pouvait accéder directement par une j)orte et une
échelle sont surmontées d'un arc de décharge, ce
qui indi([ue un nouveau progrès. Après cette tour
très saillante, le mur de la baille fait un coude pour
rejoindre la grosse tour sud-est du château. Ce
front est défendu par deux tours.
La septième tour I n'a pas le même plan que les
précédentes, car la salle basse voûtée d'ogives a la
forme d'un hémicycle fermé par un mur tiroit. On
y entre par une porte à linteau tréllé dont l'an; de
décharge est en plein cintre. Un escalier à vis des-
sert le second étage dont la porte sur la cour et
les archères présentent la même disposition que
dans la tour H.
Entre cette tour et la suivante J dont la voûte
d'ogives et l'escalier à vis sont en ruines s'ouvre
une poterne en tiers-point précédée d'une archi-
volte en plein cintre. A côté, deux arcs de décharge
plus ou moins enterrés sont surmontés de deux
rainures qui semblent destinées à recevoir les bras
d'un j)ont-levis intérieur. La tour Iv. tombée dans
CHAPELLE DE LA BASSE-COUn 4"
le fossé, devait ressembler à toutes celles du front
sud de la basse-eour. Plus loin, après une autre
poterne, le mur de la baille vient rejoindre la cour-
tine qui relie la grosse tour sud-est du château à
la chemise du donjon.
Chapelle romane. — La Jjasse-cour renferme,
au sud de l'allée centrale, lui puits % et près de la
maison du gardien les fondations d'une chapelle
romane. Sa nef unique et son transept llantpié de
deux absidioles arrondies n'étaient pas voûtés;
mais labside en hémicycle, dépourvue de contre-
forts, était recouverte dun cul tle four précédé
d'une voûte en berceau. On voit la trace de deux
arcatures de chaque coté du chœur dans la partie
droite. La base de Tune de leurs colonnes, encore
intacte, et celle des six colonnettes du portail de
la façade, permettent tl'attriijuer cette chapelle au
xii^ siècle et non pas au xi" siècle, comme Viollet-
le-Duc le prétend. Cette date se trouve confirmée
par les fragments d'une corniche garnie de pal-
mettes, semblable à celle de l'église de Berzy-le-
Sec, près de Soissons, et par les débris d'une croix
de pignon formée de cercles découpés à jour,
comme à liruyères-sous-Laon. Trois chapiteaux à
crochets, du xiu'' siècle, retrouvés dans les fouilles,
et posés sur une pile d'angle, sont peut-être des
témoins d'un remaniement exécuté dans cette cha-
pelle, au XI II" siècle.
' Le comjjle de i iSd-ijS; mentionne la oonslruction d'une étable
dans la basse-cour, avee de vieux nialiMiaux.
III
DESCRIPTION DU CHATEAU
Date de la construction. — Niollol-le-Diic a
voulu limiter la durée des travaux du château à
cinq ans, de 1226 à i23o, d'a[)i'ès les prolils et le
caractère de la sculpture, mais cette hypothèse ne
rej)ose sur aucun fondement. A défaut de textes, la
science archéologique permet de distinguer deux
campagnes dans la construction de la basse-cour,
et deux autres pour le château j)roprement dit. Je
crois que le donjon fut élevé en dernier lieu avec
la chapelle, aussitôt ai)rès Tachèvement de l'en-
ceinte, comme le prouve le style avancé des figu-
rines sculptées sur les consoles de la salle basse.
Le profil des ogives des grosses tours, les clefs
de voùle, les cliapiteaux à crochets, portent l'em-
preinte du style en usage dans la première moitié
du XI II" siècle.
Un détail, qui a son importance, permet de
rajeunir quelque peu la forteresse, c'est le bec des
tailloirs qui n'était pas d'usage courant avant 1220
TRAVAUX DU Mil'' ET DU XI V'' SIECLE 49
environ. Sans doute, on en voit des exemples pré-
coces à la cathédrale de Soissons, dans la chapelle
haute du croisillon sud, terminée au xiii'' siècle et
dans le rond-jioint consacré en 1212, mais à Long-
pont, dont réglisc abbatiale fut livrée au culte en
1227, le plan carré des tailloirs persiste. Par contre,
à Ilovauiuont où la dédicace de léglise eut lieu en
i2'35, les tailloirs dn ])as coté sud encore en place,
présentent un bec caractéristique, comme dans les
tours de Coucy. En outre, la corniche à crochets
du donjon est identique à celle qui fut refaite
au chevet de Xolre-Dame de Paris vers 1240.
11 est donc ])robable (\[\r la ]>ériode de grande
activité des chantiers dul plutôt correspondre au
second quart qu'au premier quart du xiii' siècle.
Ces observations techniques sont daccord avec la
tradition qui attribue à Enguerrand III l'honneur
d'avoir construit le château, car le gros œuvre
devait être terminé (piand il mourut en 1242.
Nous sommes l)eaucoup mieux renseignés sur
l'époque du remaniement des bâtiments d'habita-
tion, grâce à un registre des comptes de la chà-
tellenie de Coucy, commencé le i''' octobre i38G et
terminé le 3o septembre 1387 \ Ce précieux docu-
ment, écrit de la main de Jean Plançon, receveur
d'Enguerrand MI, a été récemment vendu par un
libraire de Caen à ]M Lucien Broche, archiviste
départemental, qui Ta fait entrer dans les archives
de l'Aisne.
* Ce registre, en assez mauvais état, se coniposail do i6S fcuillots,
mais il en manque 20. Sa eiilc jjrovisoirc est E. O72.
5o LE CH.VTEW DE COUCY
Plusieurs mentions y)r()uvenl qu'on arhevait à
cette époque la salle des Preux et la salle des
Preuses, après avoir exhaussé les courtines avec
des pierres provenant des carrières de Xeuville-
sur-Margival et de Courval. La porterie et les bâti-
ments adossés au mur du nord furent sans doute
également Tœuvre des architectes d'Enguer-
rand VII secondés par Jean de Cambrai et Robinet
Carême, maîtres-maçons de Coucy. En tout cas, il
faut rapporter à la campagne de 1386-138- la che-
minée du boudoir de la salle des Preuses, réta-
blissement d'un cachot, à l'ouest du grand cellier,
pour « gésir Bonnifface et Guedon » \ la restaura-
tion des arcades aveugles du premier étage, et le
remplacement de la voûte de cette salle par un
plancher dans la tour nord-ouest, la caijtation dans
un réservoir de la source qui jaillit au pied de la
chemise du donjon, la pose de conduits pour éva-
cuer les eaux de la cuisine, les lambris du plafond
de la galerie de la chambre aux Aigles et de l'ora-
toire voisin des « chambres neuves », la réparation
des charpentes et de toutes les toitures avec des
tuiles de Pinon, et la décoration du parloir contigu
à la salle des Preuses par trois peintres de Paris.
La note gaie est fournie par des dépenses de vitre-
rie causées par les ébats du singe d'Isabelle de
Lorraine, femme d'Enguerrand YIIv Malgré l'opi-
' Ce cachot se trouvait sous le trésor.
- Uuit charpentiers, deux menuisiers, un couvreur, un verrier, un
plombier et deux serruriers, cités dans les comptes, furent employés
à ces travaux. Us étaient originaires de Goucy, de La Fère, de Laon
et de Soissons.
PLAN ET APPAREIL 5l
nion de Viollct-le-Due, ces importants travaux ne
doivent plus être attribués à Louis d'Orléans, qui
se rendit acquéreur de la baronnie en i4oo.
Plan et appareil. — Le château proprement dit
forme un quadrilatère irrégulier, flanqué de quatre
tours d'angle, et dominé parle château, qui s'élève
au milieu de la face orientale. Le front nord mesure
92"', 45^ entre les tours; le coté ouest 35 mètres; la
face du midi 5o"\(So ; et le front est 88 mètres. C'est
grâce à une vue cavalière dessinée par Androuet
du Cerceau, avant 1076, que nous pouvons nous
faire une idée de l'aspect du château à cette époque.
Viollet-le-Duc s'est borné à tirer un heureux parti
de cette perspective ; mais il aurait dû prévenir ses
lecteurs (jue son croquis représente le château non
pas au xiiT' siè(de, comme on se l'imagine, mais au
xvi" siècle. En elfet, vers 1200, je suis persuadé
qu'il n'y avait aucun bâtiment au revers de la porte
et du mur nord, mais seulement des arcades en
tiers-point destinées à porter un large chemin de
ronde. La cour, bordée par des logements à l'ouest
et au sud où la chapelle faisait une saillie prononcée
sur la grande salle, occupait donc une superficie
plus grande au xui"^ siècle qu'au xvi*^ siècle.
La pierre cah-aire, à gros grain parsemée de
coquillages, (jui a servi à construire le château,
provient des carrières de la ville et du plateau.
Certaines assises atteignent i"\34 et même i^iQo;
mais leur longueur moyenne est de o",8o. L'épais-
seur des lits varie de o"',33 à o"',4o. Les dalles qui
D2 LE CHATEAU DE COUCV
recouvrent des couloirs mesurent souvent i mètres
(le longueur et i mètre de largeur sur [\o centi-
mètres d'épaisseur. J'ai relevé des linteaux épais
de o'",6o, des claveaux de o"',5o, des murs de 3 à
5 mètres à la base des tours.
+
M %i
a V I
Marques de taciikko.ns du xiii'' pikcle
L'appareil est donc plus grand que dans les
églises du xiii'^ siècle. Les marques de tâcherons si
nombreuses dans le château et si rares dans la
basse-cour, présentent une soixantaine de types
différents qui correspondt'nl ;iii ]iom])re des tail-
leurs de pierre pour les i)areiueiils. Un peut dis-
tinguer du premier coup d'œil une assise du
xiiT siècle dune pierre mise* v\\ jilacc à la fin àw
SOUTERRAINS 53
XIV'' siècle dans la salle des Preux ou dans la salle
des Preuses ; car les signes les plus anciens sont
gravés très profondément.
Souterrains. — Il faudrait entreprendre des
fouilles très coûteuses [)our tracer le plan des sou-
terrains qui facilitaient les communications entre
les diverses parties du château et qui devaient per-
mettre de prendre l'ennemi à revers au dehors de
l'enceinte. L'architecte avait pris la précaution,
comme on le lit plus tard à Pierrefonds, de n'en
creuser aucun derrière la porte d'entrée, pour que
les mineurs rencontrent un terre-plein. Au revers
du mur nord de la cour, un escalier à vis du
xiv° siècle, établi après coup, descend dans un
souterrain du xiii'' siècle voûté en berceau qui se
rétrécit près d'une rainure de herse et qui conduit à
la cave circulaire de la tour nord-est. Cette galerie
qui se continuait jadis à l'ouest était recoupée au
bas de l'escalier par un autre souterrain partant de
la courtine, comme l'indique une bouche d'aérage.
Sous la salle des Preux, à l'est, un bel escalier
droit, encadré par des archivoltes en plein cintre
qui forment un ressaut au-dessus de (;ha([ue
marche, comme à l'entrée des caves de Pontoise,
de Senlis, de Noyon, d'Elincourt-Sainte-Marguerite
(Oise), et du château de Pierrefonds, conduit dans
une cave encore intacte. Ses deux galeries paral-
lèles, voûtées en berceau brisé, communiquent par
des arcades en plein cintre, et dans la seconde une
porte donne accès dans la salle basse de la tour
54 LK CHATEAU 1)K COUCY
sud-est. Vers la droilc, les lits d'assises du pare-
ment ne se raccordent pas, mais Jidenlité des
marques de tâcherons permet de con(dure à une
erreur d'appareil plutôt qu'à deux constructions
d'âge diderent. A l'extrémité occidentale, un esca-
lier du XIV'' siècle aboutit au rez-de-chaussée de la
salle des Preuses. M. Colin, gardien du château, a
trouvé d'autres amorces de souterrains qui s'en-
foncent dans le sol aux deux extrémités de ces gale-
ries, mais les caves des tours nord-ouest et sud-
ouest n'étaient pas desservies par des couloirs
inférieurs, car on n'y voit aiuune trace de porte.
Est-il besoin d'ajouter que les prétendus souter-
rains, qui auraient relié au cdiâteau les abbayes de
Nogent et de Prémontré, n'ont jamais existé que
dans l'imagination des romanciers?
Porte d'entrée. — Un dessin d'Androuet du Cer-
ceau donne une idée des défenses extérieures de la
porte d'entrée. Pour franchir le fossé, large de vingt
mètres, il fallait passer sous deux portes, en tra-
versant un pont de bois à deux bascules qui repo-
sait sur des massifs de maçonnerie et sur les piles
de deux petits corps de garde isolés. En iSiiC),
leurs débris furent enfouis sous le remblai actuel.
Le parement extérieur de la porte est arraché,
mais on voit encore de chaque coté les rainures
des trois herses qui glissaient entre des arcs en
tiers-point. Au xiii" siècle, la porte était flanquée
au revers de deux grandes arcades en tiers-point;
celle de «auche encadre une archère : celle de
PORTE D EINTREE
55
droite, à mur plein, fut convertie en logement à
l'époque moderne. Je suis persuadé que le corps
de garde, désigné par la lettre H sur le plan de
VioUet-le-Duc, et dont il reste les substructions,
fut une addition de la lin du xiv'' siècle, car il est
évident que les [)iédroits, les écoinçons et les cla-
veaux des arcades n'étaient pas destinés à être
englobés dans un bâtiment quelconque. A son
point de rencontre avec la chemise du donjon, le
mur ne présente aucune trace de collage, mais au
niveau du sol on voit la feuillure d'une |)ort(^
relancée dans les assises primitives et l'ouverture
d'une fosse d'aisances rectangulaire appli(juée
après coup contre le parement du fossé.
A gauche de l'entrée, le sommier d'une branche
d'oo-ives aux arêtes abattues vient s'incruster dans
Ot» LE CHATEAU DK COUCY
les claveaux de l'arcade aveugle, déjà signalée.
Comme le profil de la nervure est identique à ceux
des voûtes faites vers 1385, sous les salles des
Preux et des Preuses, de Test à l'ouest, il faut en
conclure que le corps de garde carré, divisé par
quatre piles centrales en neuf travées et recouvert
de croisées d'ogives, avait été ajouté à la môme
époque. L'architecte du xiii" siècle avait calculé
que la porte de la basse-cour suffirait à tenir en
échec l'assaillant. D'ailleurs l'ennemi (|ui aurait
voulu forcer l'entrée du château se serait lait
écraser par les projectiles lancés du haut du don-
jon et de la grosse tour nord-est. 11 était donc
inutile d'adopter la même disposition qu'à la porte
de Laon, mais une chambre de manœuvre des
herses devait s'élever au milieu de la courtine,
défendue par une Ijretèche.
IV
TOURS D ANGLE
Tour nord-est. — A coté Je la porte du château
s'élève une g-rosse tour ronde O dont le diamètre
extérieur est de dix-neuf mètres. La salle circulaire
du sous-sol, voûtée par six ogives aux arêtes abat-
tues qui retombent sur des consoles, est enclavée
par deux archères à linteaux superposés. On y accé-
dait par une porte en plein cintre au bout du sou-
terrain déjà signalé, qui longe la courtine du nord.
Aurez-de-chaussée, une porte à linteau précède une
voûte en berceau brisé qui vient buter contre deux
grandes dalles. Dans ce couloir venait déboucher
l'escalier à vis, dépourvu de marches, qui condui-
sait directement à la plate-forme supérieure '. La
salle hexagone est recouverte par six nervures en
amande (}ui se réunissent autour d'une clef à
feuillage et ([ui s'appuient sur de courtes colon-
nettes. Les crochets de leurs chapiteaux se re-
' Viollét-lf-Dvir a mal planté Ip^ latiines de <«>tte toiii'.
3o ^ LE CHATEAU DE COUCY
courbent sous des tailloirs à bec moulurés. Les
forinerets à claveaux nus encadrent de larges niches
en tiers-point. A roncst. une fenêtre de la mémo
forme, avec glacis
en escalier, s'ouvre
dans le mur, épais
de4"\8o. Un couloir
coudé, éclairé par
une archère, con-
duit à des latrines
dont la fosse, très
profonde, se com-
pose d'un puits rond
surmonté d'un puits
carré.
Au premier étage,
la voûte s'est écrou-
lée ; mais on voit
morce de l'une
des six ogives à tore
aminci. Cette salle,
a six pans, commu-
n i q u a i t par u n e
porte avec la cour-
tine du nord. Ses
ofrandes niches en
Cn.i
' A Venlve del.
iti:au de la tolr nokd-est
tiers-point, ses cinq
archères, sa cheminée et ses latrines sont encore
intactes. Le dernier étage, hexagone, n'était pas
voûté : ses niches au nombre de six, ne corres-
pondaient pas aux précédentes pour donner plus
TOUR NOHD-EST Sg
(le solidité à la luaronnerie. La toiture reposait sur
Couhh.m; et tour nokd-i:st
un Miur ciiculaiie percé de ])aies à linteau, et les
6o LK CIIATKVU DE COLCY
lioiirds de bois ])i'enaient leur point d'appui sur de
^ros corbeaux de pierre, dont le prolil est formé
(le (|uatre (piarts de rond, comme au sommet du
donjon.
Musée lapidaire. — Le déblaiement des ruines
a permis de recueillir, dans la salle du rez-de-
chaussée de cette tour, des sculptures très intéres-
santes, comme un chapiteau du xii® siècle, à larges
feuilles recourbées en volutes. (|ui devait orner une
salle du château roman, et (jui couronnait une
colonne isolée. Une large clef de voùle, du xiii"^ siè-
cle, dont le trou central est entouré d'une guirlande
de feuillages, provient de la chapelle gothique,
comme le prouvent les amorces de ces quatre
branches d'ogives, tandis que deux clefs à six ner-
vures faisaient partie des voûtes dans les grosses
tours. Deux grosses gargouilles, à tète d'animal
et des débris des ({uatre pinacles terminés par un
fleuron sortant d'un cercle de boules, qui se trou-
vaient jadis au sommet du donjon, méritent d'attirer
l'attention avec un personnage assis, les jambes
croisées, qui décorait un sommier de la voûte
d'ogives du rez-de-chaussée.
Trois lions mutilés du xiii'' siècle, dont l'un dévo-
rait un enfant et l'autre un chien, portaient sur leur
dos une table de pierre (|ui servait de siège à un
autre lion assis. C'était l'ancien perron dessiné par
Androuet du Cerceau, oii les vassaux des sires de
Coucy juraient foi et hommage à l'entrée du châ-
teau. « Devant ladite figure, dit-il, se paye certain
MUSÉE LAPIDAIRE 6l
(( tril)iit par les voisins (\u lieu, scavoir est (pTils
« sontteniis envoyei' loiisles ans un rustique, ayant
A <Ii
Ml SKI, i..\i'iL).\ii;i:. — Sci i.i'Ti i;i;s du xn*" sii-.cle
le, trios (l'un Proiix cl d uiio Proust' provenant des clieminéep
« en sa jnain un fouet, pour sonner cFiceluy trois
« (îoups : avec ce une liotle pleine de tartres et gas-
« teaux (pTil ('aiilt (pTil dislrihuc aux seigneurs de
02 LE CHATKAU DK COUCY
« là ». La redevance do quarante rissoles par l'abbé
de Nogent donnait lien à une bizarre cérémonie.
Une petite gargouille, des cliapileaux à crocliets,
des (carreaux vernissés, des boulets de pierre et
de fonte complètent cette collection ainsi que les
têtes d'un Preux et d'une Preuse qui ornaient
au xiv" siècle les cheminées des salles du même
Ante leonis hvivs
STA.TVAM FlDEl-ITATIS
IVR.A PB.j^STANTVR_
Covvssi
Devant la fiovre de ce
LION se paie lhommage
Aiuliouet du Cerceau ilel.
Ancien perron du château
nom ; des figurines et des chapitaux de la même
époque; la tombe plate d'un bourgeois de Coucv,
mort en iSgG. Enfin, il faut signaler une couleu-
vrine en cuivre à six pans.
Tour nord-ouest. — Les trois autres tours d'an'de
oftrant des dis])ositions à peu près identiques avec
quelques variantes, il serait bon de les visiter suc-
cessivement. Celle ilu nord-ouest, dite du Roi,
TOUR NOHD-OUEST 63
renferme une cave ronde d'un diamètre inférieur à
celui des autres salles '. Ses ogives, sans moulures,
au nombre de six, viennent s'assembler autour d'un
œil central, large de o'",8o, qui permettait le pas-
sage d'un homme : la voûte a deux mètres d'épais-
seur. On ne pouvait descendre dans cette cave
qu'avec un treuil. La salle hexagone du rez-de-chaus-
sée, dont les murs ont 2", 80 d'épaisseur, était voû-
tée d'ogives, car on voit encore les amorces des
lunettes. Une profonde arcade en tiers-point fait
corps avec chaque pan coupé, comme dans les
trois autres étages, mais toutes ces niches sont
désaxées par rapport à celles qui les précèdent ou
qui les surmontent. Les archères sont au nombre
de cinq, à cause de la cheminée. Il est difficile
d'expliquer pourquoi cette salle est dépourvue de
latrines : on y entre de plain-pied avec le soubas-
sement de la salle des Preuses.
L'escalier à vis s'interrompait à chaque étage
pour obliger les hommes d'armes à se faire recon-
naître, en traversant les salles. Le premier étage
communiquait avec la courtine par une porte : on
voit encore les corbeaux qui soutenaient les solives
du plafond, car la voûte de cette salle, détruite
par un incendie, fut supprimée en i386 quand on
restaura les niches, comme le prouve le compte
déjà cité. Un plancher séparait le second et le troi-
sième étage, percés d'archères, et chauftes par
* La coiijie (le celto tour N, dessinée par VioUcl-le-Duc, est très
inexacte. Cf. Uutionnairt- d'architecliue, t. I\, p. Sj. Son diamètre
est de i7'",:')o.
64 LK CHATEAU DE COUCY
des cheminées Tous les nuiis étaient recouverts
d'un enduit très mime p<'int en jaune avec faux
joints rouges. Une arclière supérieure lïit trans-
Ibrmée en fenêtre, à la lin du xvi^ siècle. Les cor-
beaux sont semblables à ceux que j'ai déjà décrits.
Tour sud ouest \ — La salle souterraine de cette
t(Mii' ^l. vt)ùlée d'ogives et dépourvue de toute ouver-
ture", est identique à celle de la tour précédente :
elle renferme des latrines. La voûte du rez-de-
chaussée est également intacte, avec ses six ner-
vures en amande qui retombent sur des colon-
nettes, engagées entre les cinq profondes niches
et la cheminée de la salle hexagone. On y pénètre
en passant sous un linteau surmonté d'un arc de
décharge. Derrière cette j)orte, à droite, s'ouvre un
couloir voûté en berceau brisé qui débouche sous
la salle des Preuses. A gauche, un long couloir
coudé conduit à des latrines, éclairées par une
archère, suivant une disposition qui n'existe pas
dans les autres tours. Vue autre dillerence. c'est que
la salle du rez-de-chaussée et celle du ])remier
étage ne sont pas reliées par un escalier à vis,
parce qu'on pouvait passer de la salle des Preux
et de la salle des Preuses dans la tour du sud-ouest.
Le second étage, voûté d'ogives, d'après les
amorces des compartiments de remplissage, était
éclairé par quatre archères. et cliauiTé par une
grande cheminée. A coté, on voit dans l'épaisseur
* Sa hauteur est de 44"", 5o et son diamètre extérieur de i8 mètres.
TOUR NOHD-OLEST
65
J'W.'II; .' ■'" «V'"-— 'jSi ^"tS '^^ F'' gW»
4^-4ii--^Q v-n-li
i^::;ft
iSB-^ \iV.l:,^
A Veutr
(loUI'i; DE LA TOUK SLD-OUliST
66 LE CIIATEM DE COUCY
du mur le conduit de l'umée de la salle inférieure.
A ran,i;le de la courtine occidentale et de cette
tour, des latrines en encorbellement pouvaient
servir au besoin de mâchicoulis. On montait au
troisième étage, recouvert d'un plancher de lîois,
par une cage d'escalier. La clef de ses niches cor-
Pliolo Lefévre-Pontalis.
ILR SUD-OUEST
respond à Taxe des piédroits de celles du second
étage, suivant une disposition qui se répète dans
les quatre tours d'angle. Pour arriver sous la
toiture conique, au niveau des hourds, il fallait
gravir un escalier de bois.
Tour sud est.
En descendant dans Tune des
TOUR SUD-EST 67
caves situées sous la salle des Preux, on pénètre
l'iioto Lcffvre l'ouLalis.
loLK SI D-i;ST
dans la salle souterraine et circulaire de cette
tour L [)ar une porte en tiers-point, suivie d'une
68 LE CHATKAU DE COI CY
herse et crune porte en plein cintre. Le couloir
intermédiaire, recouvert de linteaux, (;omniunique
avec un escalier à vis qui dessert tous les étages.
Six branches d'ogives aux arêtes abattues rayon-
nent autour de la clef de voûte, et viennent rejoin-
dre des consoles : deux archères sont })ercées dans
les murs épais de 5"\2o. Au-dessus se trouve une
salle hexagone, sans archères et sans cheminée,
qui était voûtée par six nervures à tore aminci,
dont les retombées s'appuient sur des chapiteaux
à crochets et des colonnes engagées. Une fenêtre
s'ouvre au levant au fond de l'une des six niches
en tiers-point, et les latrines sont établies sur une
fosse carrée, profonde de i8 mètres, qui s'élève
au-dessus d'un puits rond.
Au premier étage, on voit encore des amorces
de la voûte d'ogives, les niches habituelles, cinq
archères et une cheminée. La porte à linteau s'ou-
vrait à l'extrémité orientale de la salle des Preux,
en avant d'un passage coudé qui communiquait
avec l'escalier à vis. En traversant la cage, on
pouvait circuler, à l'intérieur d'un gros mur. dans
un couloir recouvert de grandes dalles (|ui rejoi-
gnait la chemise du donjon. Des latrines en encor-
bellement s'élèvent dans l'angle rentrant de la
courtine méridionale, comme dans les tours précé-
dentes. Les étages supérieurs sont inaccessibles.
V
CORPS DE LOGIS
Côté nord. — On voit encore dans la cour les
débris des treize arcades aveugles en tiers-point qui
retombaient sur des contreforts intérieurs au revers
de la courtine du nord, afin d'élargir le chemin de
ronde. Ce système, qui devint plus tard si fréquent
dans Tarchitecture militaire du midi de la France
et dans les églises fortifiées de la même région,
apparut dans flle-de-France autour du mur d'en-
ceinte du château de Farcheville, près d'Etampes,
construit par Hugues de Bouville, sénéchal de
Philippe Auguste. L'architecte du château de
Coucy eut soin de monter le parement supérieur
du mur de fond après le décintrage des voussures,
aliii tic remédier aux effets du tassement. Les
marques de tâcherons, la disposition des supports,
le champ plat de quehjues écoinçons, suffisent à
prouver ([u'au(uin bâtiment ne venait s'adosser à
la courtine du nord, au xiii" siècle.
Vers la fin du xiv^ siècle, comme l'indiquent
'JO LE CHATKM DE COUCY
quelques prolils el la lî liesse des inarcjnes de
tàeheroiis, on éleva la porterie et un corps de logis
contre la même courtine, à Tintérieur de la cour.
On remplit de maçonnerie la plupart des arcades
qui se trouvèrent englobées dans de petites pièces
à solives apparentes. Trois escaliers ii vis desser-
vaient Tunique étage ; le premier, en ])artant de
la porte du château, descend dans un souterrain
du xiii'' siècle, à travers la voûte ; le troisième
s'élève à l'angle du bâtiment delà salle des Preuses.
Ce qui est extraordinaire, cest qu'Androuet du
Cerceau figure au milieu de la courtine du nord
une petite tour ronde assez saillante, dont il est
impossible de retrouver la trace . ^'iollel-le-
Duc l'indique à tort sur son plan ; mais il suflit
d'examiner le parement extérieur du mur ])our
constater l'absence de tout collage ou dune
brèche rebouchée : on n'a jamais relancé aucune
pierre dans les assises primitives. Etait-ce une
œuvre du xiv- siècle? Je n'en sais rien, mais j af-
firme qu'au XIII- siècle il n"v avait pas de petite
tour partant de fond entre les deux grosses tours
du nord.
Côté ouest. — Le grand corps de logis dont on voit
les ruines entre les tours nord-ouest et sud-ouest
fut presque entièrement reconstruit par Enguer-
rand MI, un peu avant le voyage de Charles YI à
Coucy, le l'i mars 138-, comme le j)rouve le
compte publié par M. Broche ; mais le magasin P
du rez-de-chaussée est une œuvre du xiii' siècle.
BATIMENTS U HABITATION
On y entrait de plain-pied, coinnie dans une halle,
par cinq larges arcades en tiers-point, ([iii s'ou-
vraient sur la cour et qui retoini^aient sur des piles
rectangulaires. Aucune trace de fermeture ou de
mur de clôture contre les sujiporls. i\u revers du
72 LE CH.VTKAU DE COUCY
mur extérieur, cinq profondes arcades en tiers-
point, construites avant le parement supérieur du
fond, étaient destinées à rédiiii-e la j)ortée des
solives du plancher de la salle desPreuscs, comme
dans le cellier méridional. Les marques de tâche-
rons permettent de distinguer toutes les assises et
les claveaux du xiii" siècle.
A'ers i385, le plafond de bois primitif fut rem-
placé par cinq croisées d'ogives aux angles abattus,
dont on voit les amorces sur les anciennes piles.
Les doubleaux, en cintre surbaissé, présentaient
le même profil. Les nervures de la première voûte
au nord, tangente à une arcade aveugle du xiii*^ siè-
cle, viennent d'être rétablies par les soins de
M. Bœswilhvald. La voûte suivante butait contre
un gros mur de refend, monté au xiv'" siècle pour
soutenir un escalier à vis qui reliait la salle des
Preuses au second étage. La seconde arcade, en
partant du nord, se trouve donc en partie bouchée
comme la première, adossée aux bâtiments du
nord et à une voûte d'ogives du xn"" siècle. Pour
se rendre à la salle des Preuses et à celle des Preux,
on montait un large escalier tournant, dont la cage
et la porte à colonnettes prismatiques sont encore
intactes dans l'angle sud-ouest de la cour.
Salle des Preuses. — Le compte de i38G-i38j
mentionne la construction de la cheminée du
boudoir attenant à cette salle, qui venait d'être
achevée. L'architecte d'Enguerrand VII lit rem-
placer le parement du mur occidental, à Tinté-
SALLE DKS PHEUSES -J^
l'ieiir, (^omiuc riii(]i(|ii(MU les (lues mniunios (1(>
IAcIr'ioiis. a (li-oilc, il piocha
iiord-oiicsl pour l'aire un au;
i)ui-bc (U' la lour
encadré j)ar un
LE CHÂTEAU DE COLCY
î>
n
V n
74
gros arc de clrcliargc en iiloiii cinlfc. au-dessus
du second élage. A gauche, derrière un décro-
chement, un large couloir du xiii'^ siècle voûté en
berceau brisé, liiil
communiquer la
tour sud-ouest avec
la salle des Preuses.
An xi\' siécl(>. trois
grandes fenêtres ,
amorties par un arc
surbaissé, lurent
percées après coup
dans le mur occi-
dental, La baie cen-
ti-al.' ^'(.uvrait ;iu
luiul d un IjoLuloir
qui renlerme une
petite cheminée. Sa
voûte se compose
de deux petites
Marquas de taci.hkons du xi%- si,;,:le croiséeS d"ogiveS ,
dont la Ijaguette a
lilet saillant retombe sur de;? anges.
Cette salle était en outre chauflee par une grande
(dieminée à deux âtres, dessinée par Androuet du
Cerceau et décorée des statues des neuf Preuses,
suivant la description poétique d'Antoine d'Asti,
secrétaire du duc Charles d'Orléans, versi44c. Au-
dessus du plafond de bois, une autre salle, aussi
vaste mais ])lus basse, était de même éclairée par
trois baies; celle du milieu conserve encore deux
TACiiiiKo.Ns UL xn
(iUANU CKLLIKK J.'J
voûtes d'ogives de faible dimension. Près de la toui-
nord-ouest, une cage d'escalier, coupée en deux,
correspond au mur de refend où passait le conduit
de la grande cheminée. Au revers, deux petites
pièces superposées étaient éclairées par deux fenê-
tres ouvertes au xiv'' siècle.
Côté sud. — Le vaste bâtiment qui renfermait la
salle des Preux s'élève au-dessus des deux caves
parallèles, voûtées en berceau brisé, que j'ai déjà
décrites. Le grand cellier II du rez-de-chaussée fut
remanié vers i385, comme le magasin qui se trouve
sous la salle des Preuses. Au xiii° siècle, des pou-
tres de fort équarrissage portaient le plancher du
premier étage. Elles devaient être soulagées par
des piliers de pierre, à cause de leur grande
portée, suivant un système appliqué au château de
Chillon et dans l'abbaye du Moncel (Oise). Neuf
arcades en tiei's-point, assez profondes, soutenues
par des piédroits, et marquées de signes de lâche-
rons, faisaient cor[)s avec le mur méridional pour
donner aux solives un point d'appui.
L'architecte d'Enguerrand VII modifia cette dis-
position pour voûter le cellier. Il dressa dans Taxe
longitudinal une lile de colonnes où les ogives aux
arêtes abattues et les doubleaux de même prolil
qui décrix aient une courbe en segment de cercle
venaient retomber en |)énélralion. Le sommier de
l'un des fûts, d'où partaient huit arcs, et des
amorces de nervures sont encore visibles contre
une pile occidentale et à l'entrée de la cave de la
yb LE CHATEAU DE COUCY
tour sud-est. Chaque galerie fut donc recouverte
de neuf voûtes soigneusement appareillées rentre
les deux dernières voûtes, à Touest, deux larges
doubleaux s'appuyaient sur un massif de maçon-
nerie flanquée de colonnes engagées, et d'un mur
de refend qui venait ])utcr contre une ancienne
niche en tiers-point,
l^us loin, un arc surbaissé du xiii" siècle, formé
de deux rangs d'énormes claveaux, supportait le
mur de fond et la cheminée de la salle des Preux.
Par mesure de prudence, on le lit murer au
xiv" siècle; au revers, une petite voûte en berceau,
et une voûte d'ogives à trois nervures furent mon-
tées à la même époque ; mais primitivement une
poutre franchissait l'espace triangulaire entre la
tour sud-ouest et l'arc transversal au droit d'un cor-
beau, encore intact, qui soutenait une contre-tlche.
Salle des Preux. — (^elte magnilique salle fut
rebâtie, en même tein[)s (|ue la salle des Preuses,
dans le dernier quart du xiv'' siècle. L'architecte fit
arracher l'ancien parement intérieur du mur méri-
dional, pour y substituer de nouvelles assises. Il
perça du même coté deux larges fenêtres à plate-
bande appareillée, qui étaient recoupées par un
meneau central et deux arcs trèfles. Au dehors, un
boudin coudé encadrait chacune des baies. Les
deux cheminées, très larges, conservent leur foyer
encadré par un arc surbaissé sous nu arc de cIl-
charge en tiers-point. Les quatre niches sont flan-
quées de deux coloiinettes, et leurs dais à sept
SALLE DES PREUX 'J'J
pans garnis de jielils arcs triIol)és porlent déjà
l'empreinte du style flamboyant.
Un bandeau (\v leuilles irisées marque le niveau
de la charpeuh! en carène renversée de la salle
des Preux. Trois lucarnes à meneau central, dont
j8 LK CHATKAT I»K COICY
on voit encore les glacis, correspondaient à une
voussure de bois en pénétration dans le berceau.
A l'extérieur, une ligne de corbeaux moulurés
accuse le sommet de la courtine surélevée, comme
entre les autres (ours.
On montait à la tribune occidentale, destinée
aux musiciens, par un petit escalier à vis accolé à
la tour sud-ouest et coiffé d'une voûte d'ogives à
six branches qui retombent sur des petits anges.
A l'autre extrémité, c'est-à-dire à l'orienl, un*'
immense verrière s'ouvrait dans le pignon pour
éclairer la salle. Au iiivcjiu de son appui on a\n\l
élevé une tribune en bois décorée de pampres et
de fruits, comme les deux autres, cjui étaient réser-
vées aux dames.
La belle cheminée occidentale de cette salle se
divisait en deux foyers séparés par un pilier. Les
statues des Preux étaient au nombre de dix, car
Charles d'Orléans y avait ajouté Bertrand du Gues-
clin. Ce détail se trouve dans le poème de son
secrétaire, Antoine d'Asti.
Chapelle. — Orientée vers le nord-est et adossée
au bâtiment de la salle des Preux, cette chapelle
du xiii'' siècle, à chevet plat, a presque entièrement
disparu; mais on peut encore relever le plan de
ses soubassements. Le rez-de-chaussée S divisé
par de fortes piles et recouvert de quatre voûtes
d'ogives sur chaque galerie, servait de passage,
comme sous la chapelle du château de Senlis,
pour entrer soit dans le grand cellier, situé sous
CHAPELLE GOTHIOUE
la salle des Preux, par une porte en tiers-point de
six mètres d'épaisseur, soit dans la cuisine, qui
s'élevait à l'orient. Entre les contreforts à bandeau
'->
'S^^\
\. %.. l
r"
%
tlïU'
Clef de voûte de la chapelle
inférieur mouluré, des arcs de décharge enca-
draient des murs percés de portes.
Au premier étage, deux grandes voûtes d'ogives
retombaient sur des faisceaux de cinq colonnettes
(loiil il reste des assises au pied de la courtine du
Tiord. L'inie des clefs à trou central, ornée d'une
guirlande de feuillages, est déposée au musée de
la tour nord-est : les amorces de ses grosses ner-
vures en amande accusent une époque peu avancée
du xiii" siècle. J'ai retrouvé aussi quelques débris
des jueneaux, épais de o"",-;"), (|iii divisaient les
80 LK CHATIvVr 1)K COLCV
fenêtres; le fut de leurs coloiiiicllcs cl leur ["(uiil-
lure sont Ijien visibles, l'iusicurs morceaux de
(|ualr('l'(Miill('s ou do rosaces a ciiKi lolx-s, |)ro\e-
luuil du rem|)lai^e, sont ôpars sur le sol.
Loin de ressembler a la Saiiite-Cdiapelle de
Paris, comme un dessin de \'iollel-Ie-Duc pourrait
le l'aire supposer, la chapelle du château de Coucy
était plutôt une œuvre du même style que le chevet
de la cathédrale de Soissons. La riche décoi-ation
de celle chapcllo avait rra|)p(' Antoine d'Asli,
secrétaire du duc Charles d'Urléans, car il décrit
dans ses Lcllrcs Itéroiqiics, vers i44*^'i les ligures
peintes sur les voûtes qui étaient rcdiaussées de
dorures, les statues, les vitraux, (|ui représen-
taient des scènes de l'Ancien et du Nouveau Tes-
tament. Il ailirme que ])endant la guerre de (]ent
Ans, le j)rince Jean aurait acheté les anciennes
verrières au prix de douze mille écus dor.
Cuisine. — Une petite cour séparait le côté sud
de la chapelle, de la cuisine T recoupée en deux
pièces, dont les murs sont démolis presque à ras de
terre. Les eaux de vaisselle, vidées sur un évier,
se déversaient |)ar un caniveau dans un grand pui-
sard, dissimulé dans Tépaisscur de la (diemise du
donjon, et surmonté d'un réduit ^•oùlé en berceau
brisé.
VI
DONJON
Chemise. — Les défenses extérieures du don-
jon \', (jiii commandait à la fois la basse-cour et la
cour du (duiteau, se composaient d'un fossé large
de 6™, 36 et d'une chemise annulaire qui s'inter-
rompait en face de l'entrée de la tour. Cette che-
mise, aujourd'hui découronnée et éventrée par la
mine en iGaa, mesurait 20 mètres de hauteur, en
partant du fond du fossé. Elle se reliait, au nord,
à la courtine de la porte du château, et au midi à la
tour sud-est par un gros mur dont le couloir inté-
rieur communiquait avec celui de la chemise sur-
montée d'un chemin de ronde crénelé. On y mon-
tait rapidement, au xiii'' siècle, par une rampe
courbe partant du sol de la cour en face de la porte
du donjon : au-dessous, des arcs de décharge for-
maient des niches. L'escalier à vis, adossé au pui-
sard des cuisines, fut apj)liqué contre la chemise
au xiv" siècle.
Plus loin, un escalier droit du xiiT' siècle, recou-
G
02 I,K CHATEAU DE COLCY
vert d'énormes dalles, descend dans un passage,
ménagé à travers la chemise, au niveau des fonda-
tions. On pouvait donc passer du fossé intérieur
au fossé extérieur, mais comme l'ennemi aurait pu
prendre le même chemin, une herse manœuvrée
dans une petite chambre permettait de barrer ce
couloir vers le sud. Cette poterne correspondait
par un pont volant avec celle (|ue jai déjà signalée
au pied de la tour sud-est.
Vers i386, on eut l'idée d'établir au pied de la
chemise, dans le fossé extérieur, une galerie de
contre-mine, voûtée en quart de cercle, et recou-
verte d'un talus. Cette date se déduit d'une dépense
inscrite dans le registre de comptes de la chàtelle-
nie pour la captation de la source qui s'y trouve, et
qui devait nécessairement être protégée en cas de
siège. Viollet-le-Duc et d'autres arc-héologues ont
eu tort de croire que la galerie pouvait remonter
au xiii'' siècle. A l'entrée, ses doubleaux avec arêtes
abattues et ses voussoirs en pierre jaune sont d'un
tout autre grain que la roche à <;oquillages primitive.
C'est donc un simple collage contre le vieux mur.
Procédé de construction. — Le donjon, du xiii"
siècle, est bâti sur un plan circulaire, comme ceux
de Rouen, de Lillebone, ou comme les tours
d'angle des châteaux de Gisors et de Falaise,
œuvres des ingénieurs militaires de Philippe
Auguste, qui ont pu servir de prototype à l'archi-
tecte. Sa hauteur, prise du l'ontl du fossé, atteint
54 mètres; son diamètre mesure exactement 3i'",'j5;.
CONSTni'CTION DU DONJON 8.'i
et répaisseur du mur, au rez-de- chaussée, est de
UONJON KT TOUK .NOKU-EST
y"\iO, : c'est doiu; la plus grosse tour du inonde
84 LK CHATEAU DE COUCY
Viollet-le-Duc a deviné le premier à Faide de
quel ingénieux ])rocédé sa construction i'ut menée
à bonne fin. Des trous de l^oulin disposés en spi-
rale, de la base au sommet, correspondaient à
deux poutrelles reliées par des contrefiches qui
soutenaient un chemin en encor])ellement, dont la
pente était assez douce à cause du diamètre énorme
du donjon. La largeur de cette rampe en hélice
pouvait atteindre cinq mètres, ce qui permettait
aux ouvriers de monter les pierres à Taide de petits
charriots. Un rayon de bois, tournant horizontale-
ment autour d'un axe, suffisait à régler la courbe
du parement. Suivant un principe appliqué dès le
xii*" siècle, le mur du donjon était cerclé par des
longrines de bois noyées dans la maçonnerie, à
trois hauteurs différentes : une enrayure, dont les
trous sont visibles, venait s'assembler dans ce
chaînage au niveau du second étage.
Salle basse. — On entrait au rez-de-chaussée par
un pont à l)asculc qui franchissait le fossé de la
chemise et qui s'abattait sur deux corbeaux, encore
intacts. La porte en tiers-point est flanquée de
deux colonnettes : on a remplacé ses cliaj)itt';iux.
le linteau et la plus grande partie du tympan, qui
représente la lutte d'un chevalier contre un lion.
La croupe, la queue et une patte de l'animal sont
seules anciennes. Dès le xii- siècle, on a reproduit
la même scène sur un grand nombre de chapi-
teaux romans, comme à Laflaux et k Saconin, près
de Soissons. Dom Toussaint Duj)lessis v voit bien à
PORTE DU DON.JOiS'
tort un souvenir de la lutte d'Eno-uerrand III (^ontre
les Albigeois, mais ce n'est qu'un symbole de la
bravoure chevaleresque'. Au xvi" siècle, Androuet
du Cerceau et L'Alouète ont voulu explifjuer ce
Ty-Mpa.n de la l'Oiiïi; du donjon
l^as-reliel'par unelégende (|ui se rattache à Enguer-
rand l"' et à la fondation de l'abbaye de Prémontré
en 1 1 19, gi'àce à un jeu de mots ridicule répété par
tous les auteurs moilernes.
' Notre savant confrère, M. Mâle, est d'avis que ce combat n'a aucun
rapport avec la lutte de Samson et du lion ou avec liconojïraphie
religiiMise. Le sujot a pu en rtrc fourni aux sculpteurs romans par
des motifs orientaux.
86 I.K CIIVTKAU ItK COUCY
Huit liguriii(\s s(> drlacheiil sur la voussure,
mais comme les alliihuls des trois statuettes pri-
liolu Leli-vr,
Salle basse du donjon
Statuette sous la retombée des voûtes.
mitives sont cassés, il est difficile de les identifier
avec telle ou telle vertu. L'archivolte, garnie de
crochets, retombe sur deux consoles ornées d'une
chimère et de deux aigles becquetant des masques.
Le couloir de la porte était défendu par un as-
sommoir rectangulaire et ])ar une herse que l'on
manœuvrait dans une petite chambre qui commu-
Coupe du don.ion
88 LK CHATEAU DE CUlCY
nique avec rescalier. Dans le passage voûté en
berceau déljouchent des latrines recouvertes de
dalles et éclairées par une archère. On pénètre
dans la salle du rez-de-chaussée en passant sous un
linteau qui repose sur deux corbeaux : à droite un
lion mutilé est flanqué d'un mas(|ue; à gauche, une
chouette se dresse à côté de deux oiseaux affrontés.
Le donjon ne renferme pas de rotonde souter-
raine, comme les autres tours; son soubassement,
qui forme talus, est plein afin d'oijposer ])lus de
résistance à la sape. Ses trois salles, dont la largeur
est de i6"',33 et la hauteur moyenne de i) mètres
étaient recouvertes de douze branches d'ogives qui
rayonnaient autour d'une clef centrale ; mais l'in-
génieur Métézeau et son fils firent sauter les trois
voûtes, en 1602, à l'aide d'une mine dont on a
retrouvé les tra(;es à deux mètres de profondeur
et qui lit trois lézardes dans les murs de la tour.
Au rez-de-chaussée, dont le j)lan est un dodéca-
gone, les amorces du boudin en amande et des
deux tores des nervures prennent naissance sur
des sommiers ornés d'un personnage mutilé, assis
les jambes croisées, qui correspond à une courte
colonnette surmontée d'un chapiteau à crochets
et d'un tailloir à bec. De chaque coté de la figurine,
un culot garni de feuillages servait de point
dappui à une colonnette des douze arcatures supé-
rieures, qui jouaient le rôle de formerets.
Les niches en tiers-point du premier rang, dé-
pourvues de moulures, s'ouvrent entre de robustes
piédroits. Larges de 3"\io et profondes de l'^jo,
SALLE RASSE DU DONJON 89
ellos servaient pour loi^er des provisions : leur mur
de fbndestplein. Au sud, une large cheminée restaii-
Sai.lI': isAssr. nu donjon
Smnmiei' d'une o^'ive.
rrc cliauHail la salle ; à Touosî, une nielie abrite
le puits (|ui l'ut ci'eusé avant les fondations du don-
jon. Son diamètre est de ?.'",i4 et le rouet se trouve
90 LK CMATKAII HE COUCY
à ()4'",5o do profondeur, comme on l'a constaté
en 1819, en vidant les déblais qui le remplissaient
enlièrem(Mil '. Ce, travail a l'ait découvrir des l)ou-
lets de pierre et de Ter, deux létes de statues
dorées, et le petit canon en cuivre du musée. A
dix mètres au-dessous du sol, ou voit Torillce
d'uu souterrain qui devait couimuniquer avec les
caves de la salle des Preux.
La salle basse était décorée d'un second rang de
niches plus hautes, souligné ])ar un bandeau de
crochets. Leur archivolte en tiers-point, dont le
tore est bien dégagé, retombait sur deux colon-
nettes et sur des chaj)iteaux à crochets. Trois
fenêtres de la même forme, surmontées d'énormes
linteaux de fond, s'ouvrent dans les murs : elles
sont carrées à l'extérieur : leurs glacis en escalier,
où l'on accédait par une échelle, ])ermettaient de
les utiliser pour la défense. La niche qui corres-
pond à la cheminée est recou[)ée par deux arca-
tures secondaires, pour masquer le ])assage du
conduit. Sous (juelques voussures, on voit des
rinceaux rouges et des faux-joints, de la même
couleur, c|ui se détachaient sur un fond ocre, car
les salles du donjon étaient peintes très sobre-
ment.
Etages supérieurs. — On moule aux deux étages
et à la plate-forme suj)érieure j)ar un bel escalier
à vis, dont la cage a ;>"',o5 de diamètre. Les mar-
' .\uj(niril Ijui 11- pnils iic iiiosmo plus i|ik' îo iui-U'cs (Jo [inifoiulfur.
PnKMlEIl ETAGE DU DON.ION ()I
{•lies, au iiomln-e de 2i5, mesurent o"',2o de hau-
liiilu Lclovre-PonUlis.
I.MKIÎII.IU m DON.ION
leur, el soiil posées sur des clianfVeins qui se déla-
client eu saillie sui- le pareuieul et sur le noyau
92 LE CII.VTK.Vl" DK COLCY
Les onze fenêtres percées dans la cage jouaient
le même rôle que des archères. L'architecte avait
pris la sage précaution de piauler ICscalicr du côté
(le la cour pour éviter le danger dune brèche l'aile
par les machines de guerre au [)oinl oii le mur
présentait un jioiiit i'ailjle.
La salle dw i)renuer étage était également voûtée
par douze ogives à trois tores qui viennent re-
joindre les chapiteaux à crochets de colonnettes
en délit. La clef centrale était percée d\in large
trou pour le passage des projectiles dans un panier
monté par un treuil. On remar(|uera l'absence de
formerels sous les lunettes. Chacun des douze pans
coupés conserve une niche en tiers-point, beau-
coup plus haute (|ue celles du rez-de-chaussée;
ses claveaux sont nus comme les pilastres qui les
soutiennent. Trois fenêtres s'ouvrent autour de la
salle; près du passage de la cdieminée une petite
porte devait a])outii' a un pont \()hint jeté sui' le
fossé, au niveau du chemin de ronde de la che-
mise. A l'est, des latrines correspondaient à celles
durez-de-chaussée : au nonl. il faut signaler, sous
Tune des arcades, un foui- a [)ain voûté en berceau
brisé qui s'ouvre sous un arc surbaissé, repris en
moellons neufs. A coté, on voit la porte qui donne
dans la cage de l'escalier.
Si la voûte d'ogives du second étage diffère de
celle du premier j)ar le prolil de ses douze ner-
vures aux arêtes abattues, le plan dodécagone de
la salle supérieure offre également une variante.
En effet, un couloir circulaire, à ^"",55 au-dessus
SECOND ÉTAGE DU DONJON 98
du dallage, permettait d'en faire le tour. La pre-
mière idée de ce chemin de ronde intérieur se
trouve appliquée dans les donjons de Ghambois
(Orne) et de Châteaudun ; mais à Coucy, le couloir
Plan du skcond étage du do.njon
traverse de graudes arcades eu ticrs-poinl (|ui
s'ouvrent sur la salle liaute. Cette triijune a 3'", 45
de profondeur : on avail augmenté sa largeur au
moyen d'un plaiiclicr de bois (jui s'avançait jns-
(ju'au dosseret des colouncttes, car la trace des
trous des barres du parapet est encore visi])le. Il
était donc facile de loger des aj)provisionnemcnts
94 LK CHATKAU I»E COUCY
dans les niches comme aux étages intérieurs.
Le mode de voùtement de cette tribune mérite
d'attirer raltention.
Au milieu de clia([ue
voussure, un arc en
tiers-point nu. (jui pé-
nètre dans les piles
rectangulaires marque
le changement de di-
rection de la voùle. Il
en résulte (|ue Tare
hrisé ((ui traverse le
passage au droit de
chaque support s'évase
(lu côté extérieur de la
lour et repose de
l'autre coté sur un
pilastre à trois pans
coupés ilont le som-
mier forme console
aux deux angles ^
Cette disposition,
destinée à donner le
maximum de résis-
tance à un mur circu-
laire qui renferme une
oalerie, est uni(|ue en
airée par deux fenêtres
en tiers-point divisées par un meneau : comme elles
de la tribuiu>, l'architecte
Fleuron d l.n I'Inaclk
du donjon
sono-enre. La salle était éc
se trouvaient au niveau
' VioUei-Leduc. Dictionnaire aanhilecture
IV. p. iCy
TROISIÈME ETAGE DU DONJON 9;)
avait établi deux bancs de pierre dans chaque baie.
Au xiii" siècle, la plate-forme supérieure, recou-
Di.HMKU i;iv(;u DU don.ion
verte de dalles de pierre, n'était pas surmontée
()G LK CIIATKM ])K COUCV
crime toiture coni(|iie comme les gi-oss(>s loms. I^es
deux rangs de larges feuilles à ci-ochels de la cor-
ni(;lie intérieure et de la corniche extérieure, bordés
d'un tore, étaient couronnés d'un gla(us à double
jxMilc ou (juatre j)inacl es venaient s'engager, connue
rin(li(|ue un dessin d'Aiulrouet du (berceau. On en
a retrouvé les débris clans le fossé avec deux
grosses gargouilles c|ui servaient à l'écoidenu'nt
des eaux. L'escalier à vis se continue juscju'au
sommet du mur, large de c[uatre mètres, mais ou
a nuire la cage pour éviter les accidents.
Le mur circulaire est percé de vingt-cjuatre baies
en tiers-point à claveaux nus : une arcliere s'ouvre
dans chacjue trumeau, de façon à pouvoir abriter les
défenseurs dans le cas oii les hourds auraient fait
défaut. Frappé de la diiUculté c|ue devait présenter
la pose rapide de ces galeries de bois en encorbel-
lement, cjui jouaient un rôle capital dans la défense
du donjon, l'architecte avait disposé cjuarante-
huit corbeaux de pierre, profdés en c|uatre quarts
d(^ rond, pour supj)orter les hourds à deux étages.
Des pièces de bois formant un angle obtus s'appli-
(juaient sur les deux glacis j)our former le toit à
double pente des hourds intérieurs et extérieurs,
sinon les défenseurs n'auraient pas été à l'abri des
intempéries. Elles venaient s'assembler dans des
poteaux inclinés, reliés par des moises et un plan-
cher intermédiaire. Un charmant dessin de Viollet-
le-Duc aide à saisir comment cette opération
s'exécutait.
La vue très étendue dont on jouit au sommet du
PL.VTE-l'ORME DU DONJON
97
donjon fait bien comprendre l'assiette du château.
Au nord, l'église de Goucy-la- Ville avec son clocher
central roman et la flèche de son clocher-porche
du xvi° siècle, attire les regards. A l'est, la
route de Laon traverse le plateau en laissant à
gauche la tour de jNIoyenbrie. La vallée de la Lette,
où viennent aboutir les routes de Soissons et de
JNoyon, forme un fossé naturel du côté sud. A
l'ouest, le château, vu de la route de Chauny, se
présente sous son aspect le plus romantique, au
soleil couchant, avec Ténorme niasse circidaire du
donjon, (jui domine les courtines et les quatre
tours d'angle, encadrées par les arbres. C'est de
là ([ue l'œuvre audacieuse et forte d'Enguerrand III,
remaniée par Enguerrand VII, évoque tout un
passé de grandeur et de décadence.
GaKGOL'ILLIC du I)0NJ(
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3i3; t. V, p. 7>. 10',, 209, Vjo; t. YI, p. \'\x, 16',, 377,
392, 397; t. ^l], }). <S'|, 11',, 118, I ',9, 178, )22, 32',,
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iJdN.ION I T lor
TABLE DES GRAVURES
Plan .!.• la ville Au lilro
Plan du il.àloau Au titre
Le château eu i J76 vu de louest 9
Le château \u tiu &ud-c»uest n
Porte de Laou 33
Coupe de la porto de Laon 35
* Nous lonicrcions vivement M. Kj^gimanu de nous avoir autorisé
à reproduire aux pages i'i et 87 des figures extraites du Dictionnaire
d'archileciure de Viollet-le-Duc et M. Emile Lévy de nous avoir permis
d'exécuter nos reproductions des pages 9, 55 et 62 d'après sa belle
réimpression de Les plus c.rccllcnls basiiwenls de France de Jacques
Andniui't du (k^rccau.
I02 TAIÎLE DES (iHWUIîKS
Poitc (lo la basse-cour \i
Tours lie la basse-cour \'y
Marques de tâcherons du xm'' siècle 5-2
Le château en i5jG vu de l'est 55
Clia|)il(>au de la tour nord-est 58
(luurline et tour nord-est 59
Sculptures du xiv'^ siècle Gi
Ancien perron du château .... 62
Coupe de la tour sud-ouest 65
Intérieur de la tour sud-ouest GG
Tour sud-est 67
A'ue prise sous la salle des Preuses 71
Ruines de la salle des Preuses 7'3
Marques de tâcherons du xiv*^ siècle . 74
Piuines delà salle des Preux 77
Clef de voûte de la chapelle 79
Donjon et tour nord-est 83
Tytnpan de la porte du donjon 85
Statuette sous la retombée des voûtes 8G
Coupe du donjon 87
Sommier d'une ogive 89
Intéi-ieur du donjon 91
Plan du second étage gj
Fleuron d'un pinacle . . .... 94
Dernier étage du donjon 95
Gargouille du donjon 97
Donjon et tour nord-est loi
Porte de Laon 104
TABLE DES MATIERES
Avant-propos 7
Introduction historique : Les Sires de Coucy .... 9
I. — Enceinte de Coucy 33
Porlo do Liion 34
K^liso 38
II. — Basse cour du château 40
Porte d'entrée 4'-*
Tours de la basse-cour ... 43
Cliapclle romane 47
III. — Description du château 48
Date de la coiislructioii 48
Plan et appareil ôr
Souterrains • • ^3
Porte d'entrée 54
IV. — Tours d'angle 37
Tour iiurd-esl 'i;
Musée lapidaire 60
Tour nord-ouest t>>
Tour sud-ouest 6 i
Tour sud-est <j(3
V. — Corps de logis <J9
Côté nord (h)
Côté ouest 70
Salle des Preuscs 72
io4
TABLE Ui:S MATIKRE!-
Côté sud . .
Salle dos Prc-Ln
Cil a pelle . .
Cuisine . . .
VI. — Donjon
Chemise
Procédé de conslriu-liou .
Salle basse
Etages siip<''|-ieiirs . . .
Bibliographie sommaire .
Table des gravures. . . .
8i
8-2
98
lOI
Porte de Lao.n
E V R E U .\ , 1 .M 1
lE eu. HEKISSEY ET
^
UNIVERSITY OF TORONTO
LIBRARY
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